Archives nationales

Alerte au choléra dans les lycées et collèges !


Circulaire du ministre de l'Instruction publique aux recteurs d'académie relative à l'envoi d'une instruction sur les premières précautions à prendre contre le choléra, 14 octobre 1865.
Arch. nat., F/17/2678.

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Circulaire du ministre de l'Instruction publique aux recteurs d'académie relative à l'envoi d'une instruction sur les premières précautions à prendre contre le choléra, 14 octobre 1865.Victor Duruy, ministre de l'Instruction publique de Napoléon III de 1863 à 1869, est connu pour être un grand producteur de circulaires dans lesquelles il indique aux recteurs d'académie les modalités pratiques de mise en œuvre de ses nombreuses réformes. Quelques-unes, comme celle-ci, reflètent les grands événements qui touchent la société française pendant le Second Empire.

Au cours de l'été 1865, la France subit, en effet, une quatrième épidémie de choléra. La première, en 1832, a été particulièrement meurtrière, laissant de véritables séquelles psychologiques dans une population qui n'avait plus connu d'épisodes de surmortalité depuis la dernière épidémie de peste de 1757-1758 en Bretagne, dans la région de Quimper. Le choléra, avec une période d'incubation très courte, touche les enfants tout aussi bien que les adultes : des mesures sanitaires sont mises en place aux frontières dès 1831. Cette gestion administrative de la santé publique a été accompagnée par les progrès scientifiques. Dès le premier tiers du XIXe siècle, les avancées de la biologie et de la médecine, incarnées en France par Louis Pasteur, ainsi que le grand mouvement hygiéniste, ont permis de développer des préconisations dans des domaines très variés comme l'urbanisme, l'alimentation ou l'organisation des hôpitaux, pour lutter contre les épidémies.

Cette circulaire « confidentielle » du 14 octobre 1865 concerne une instruction à envoyer aux chefs d'établissements sur les premières précautions à prendre contre le choléra. Comme le note le préambule de l'instruction, les établissements scolaires ont été épargnés par les précédentes épidémies, grâce à la régularité de la vie, aux habitudes de discipline et au bon régime que suivent les élèves, et ces principes doivent continuer à être appliqués.
Le ministre prescrit de veiller à la discrétion de la mise en œuvre de ces mesures de précaution afin de ne pas « alarmer l'imagination des élèves ni inquiéter leurs familles ». Traditionnellement, en période d'épidémie, les familles retiraient les enfants des écoles et, pour les plus aisées d'entre elles, les envoyaient, pour des périodes parfois longues, dans les propriétés de campagne. Ne pas effrayer les familles, ne pas fermer les établissements, tel est l'objectif que Victor Duruy assigne aux recteurs.

Cette épidémie de choléra, la plus grave depuis 1832, sévit dans différentes régions françaises entre l'été 1865 et l'hiver 1866. L'impératrice Eugénie se rend à plusieurs reprises au chevet de malades, à Paris en décembre 1865 et à Amiens en juillet 1866, ville particulièrement touchée à laquelle Napoléon III verse une importante somme d'argent pour secourir les victimes.

Édith Pirio
Archives nationales. Section du XIXe siècle

Texte de la notice publiée dans Historia, n° 758, février 2010, p. 91.