Archives nationales

Les dernières volontés de la comtesse de Ségur

Dépôt des testament et codicilles de la comtesse de Ségur, 11 février 1874.
Arch. nat., MC/ET/CXVII/1361 (RS/1018)

Dépôt du testament de Sophie Rostopchine comtesse de Ségur. Cote : MC/RS//1018

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« Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire... ». Cette simple phrase, insérée dans le testament du 29 mars 1872, révèle un réel détachement, voire une ignorance, par rapport aux règles de la procédure. Mais surtout, elle manifeste un trait inattendu dans une personnalité qui symbolise le respect d'un certain ordre.
Fille du comte Fédor Rostopchine, célèbre pour son rôle dans l'incendie de Moscou qui, en 1812, fit reculer Napoléon, mariée à 20 ans, en 1819, au comte Eugène de Ségur, Sophie Rostopchine (Sofia Rostoptchina en russe) se consacra d'abord à ses enfants, nés entre 1821 et 1835 : trois garçons (Gaston, Edgar et Anatole), puis quatre filles (Nathalie, les jumelles Henriette et Sabine, et Olga).
Ce n'est qu'en 1855 qu'elle entame une carrière littéraire, centrée sur la littérature éducative. Son dernier ouvrage, Après la pluie le beau temps, paraît en 1871 et elle meurt à Paris le 9 février 1874, Eugène de Ségur l'ayant précédée en 1863, après avoir été un mari peu fidèle.
C'est sans doute une sérieuse attaque d'apoplexie en octobre 1868 qui incite l'auteur d'Un bon petit diable ou des Malheurs de Sophie à rédiger ses dernières volontés : une lettre, non datée, à son fils aîné, Gaston, et huit testaments ou codicilles datés des 24 mai 1869 à Kermadio, près d'Auray, chez sa fille Henriette Fresneau, 29 mars 1872 à Malaret, près de Toulouse, chez sa fille Nathalie de Malaret, et 29 janvier 1874, à Paris, dans son appartement du 27, rue Casimir-Perier.
De l'argent est distribué à tous les petits-enfants, 500 francs chacun, sauf à certains qui reçoivent plus pour compenser une situation financière précaire ou par préférence sentimentale : les enfants de sa fille Nathalie de Malaret, en particulier, Camille et Madeleine, héroïnes du roman Les petites filles modèles, et surtout Jacques de Pitray, fils de sa fille chérie, Olga. Objets personnels et tableaux sont attribués à tel ou tel enfant ou petit-enfant. Les serviteurs ne sont pas oubliés. Dans une très tendre et maternelle lettre, Gaston, devenu prêtre et très connu dans les milieux catholiques sous le nom de Mgr de Ségur, est prié de veiller sur les petits-enfants, en particulier sur Camille, qui a fait en 1868 un mariage malheureux avec un noceur qui se fait appeler le marquis de Belot.
Deux jours après le décès, les testaments, remis par Edgar de Ségur au notaire, Me Émile Delapalme, sont présentés au tribunal de la Seine, pour être officiellement déposés chez ledit notaire.

Michel Ollion,
Archives nationales

Texte de la notice publiée dans Historia, n° 795, mars 2013, p. 20.