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De Jean-Baptiste Poquelin à Molière

Contrat de mariage de Jean-Baptiste Poquelin-Molière avec Armande Béjart, 23 janvier 1662
Arch. nat., MC/ET/XLII/152 [RS//386]


Contrat de mariage de Jean-Baptiste Poquelin-Molière avec Armande Béjart

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Il ne reste aucun manuscrit des pièces de Molière. Certains en ont tiré argument pour retirer à cette gloire nationale la paternité de son œuvre théâtrale ! Pourtant, enfant de Paris, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de marchands de la capitale, Molière a laissé bien des traces de sa vie, de ses fortunes et infortunes, patrimoniales ou professionnelles, chez les hommes du contrat que sont les notaires de Paris.
La recherche moliéresque s'est appuyée au cours du siècle écoulé sur ces témoignages dictés par les seules nécessités de la précaution juridique. Elle a permis notamment de voir évoluer la signature de Molière au fil des ans. Les travaux menés par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, à la suite de l'arrivée massive aux Archives nationales des archives anciennes des notaires, restent fondamentales. Celles-ci ont, en effet, sous le titre évocateur de Cent ans de recherche sur Molière, traqué toutes les signatures de Molière laissées au bas d'actes officiels encore existants en 1963.
Si les actes passés devant les notaires de Paris sont le gisement le plus important de tels documents – le Minutier central a la garde de 39 des 61 documents signés par Molière –, ce dernier a laissé aussi son seing dans des registres de baptême ou chez des notaires de province, à ses débuts, avec l'Illustre-Théâtre. Bien évidemment, Molière signe d'abord « J B Poquelin », notamment en 1643 au bas du bail du jeu de paume des Métayers, première salle de l'Illustre-Théâtre à Paris ; il signe aussi, plus rarement semble-t-il, avec son prénom en entier, « Jean Baptiste Poquelin » ; « de Molière » apparaît pour la première fois sur un acte du 28 juin 1644, l'acte d'engagement du danseur Mallet. Encore cette façon de faire reste-t-elle épisodique. La signature la plus usuelle à partir de 1660 à Paris est « J B P. Molière./. » : les initiales du prénom suivies de celle du patronyme et enfin le nom de scène suivi du signe « ./. », celle-là même qu'il fait figurer sur son propre contrat de mariage avec Armande Béjart en 1662.
De contrats de mariage en inventaires après décès, de baux de location des salles à jouer en contrats d'engagement ou de société, ces actes ont permis de renouer les fils de l'histoire familiale, sociale et artistique de Molière et de ses proches. Sous la plume du notaire, la famille Poquelin et ses alliées, les comédiens de l'Illustre-Théâtre, la famille Béjart, le peintre Mignard ou le musicien Lully entourent Molière ; et s'il ne faut jamais se lasser de solliciter l'œuvre de l'écrivain, la connaissance de l'homme a beaucoup progressé lorsque fut possible un aller-retour entre l'œuvre et les sources parallèles que l'homme avait pu laisser. Toutes, au-delà de l'apparente froideur de l'écrit juridique, rendent plus humain encore « de tous les humains, l'humain le plus humain ».


Marie-Françoise Limon-Bonnet,
Archives nationales


Texte de la notice publiée dans Historia, n° 759, mars 2010, p. 91.