Archives nationales

Dans l'intimité de la Dame aux camélias

Inventaire après décès d'Alphonsine Plessis dite la Dame aux Camélias, 11 boulevard de la Madeleine. 9 février 1847, Paris.
Arch. nat., ET/XXVI/1125 [RS/023]

Inventaire après décès d'Alphonsine Plessis, 9 février 1847 Arch. nat., ET/XXVI/1125 [RS/023]
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« La personne qui m'a servi de modèle pour […] La Dame aux Camélias se nommait Alphonsine Plessis […]. Cependant, Marie Duplessis n'a pas eu toutes les aventures pathétiques que je prête à Marguerite Gautier » confessait Alexandre Dumas fils au sujet de son héroïne.

« La personne qui m'a servi de modèle pour […] La Dame aux Camélias se nommait Alphonsine Plessis […]. Cependant, Marie Duplessis n'a pas eu toutes les aventures pathétiques que je prête à Marguerite Gautier » confessait Alexandre Dumas fils au sujet de son héroïne.
Avant d'être immortalisée par la littérature et l'opéra, en inspirant indirectement La Traviata de Verdi, Marie Duplessis était née Alphonsine Plessis le 15 janvier 1824 en Normandie. Petite paysanne pauvre arrivée à Paris à 14 ans, elle s'y éteint le 3 février 1847, à l'âge de 23 ans seulement, étant devenue entre-temps l'une des courtisanes les plus convoitées de la capitale.
L'inventaire de ses biens est alors établi à la requête de sa sœur Delphine par Me Ducloux, en présence de la femme de chambre et du concierge, entre le 9 et le 15 février 1847. Ce très officiel acte notarié nous emmène au cœur de l'appartement situé au n° 11 du boulevard de la Madeleine. Des meubles en bois de rose, des fauteuils et rideaux en « satin cerise », un petit jeu de billard, 7 bouteilles de Bordeaux, et même « un perroquet et son bâton », tel est le confortable intérieur d'une courtisane qui y est décrit, jusque dans le détail d'un « lot de fleurs artificielles ». L'écurie, elle, contenait un cheval pur sang et un poney, ainsi qu'un « coupé à quatre roues, garni à l'intérieur en satin bleu » dans lequel la belle sillonnait les grands boulevards.
Vêtements et accessoires illustrent la nature de ses ressources : « 30 paires de bas blancs », des corsets en satin rose ou blanc, « 14 paires de chaussures », des dizaines de robes d'étoffes et couleurs différentes, un « châle cachemire long fond noir et à palmes » ou un « mantelet en soie rose garni en dentelle noire ».
Mais c'est très certainement au-delà de la soie et des dentelles qu'elle acquiert sa réputation, sa culture et son esprit lui permettant, en effet, de briller dans les conversations. Notre courtisane est talentueuse et cultivée : le piano est « carré en palissandre sculpté du nom d'Ignace Pleyel » et, parmi les 212 volumes de la bibliothèque, figurent Rabelais, Marivaux, Victor Hugo, Lamartine, Eugène Sue, Walter Scott, Don Quichotte, La Nouvelle Héloïse, Les Mille et une Nuits, et aussi… Alexandre Dumas.
Les bijoux et l'argenterie, de manière générale, ne se trouvent plus dans l'appartement, mais sont détaillés dans 19 reconnaissances du Mont-de-Piété, établies dans l'année précédant sa disparition. Parmi les notes non acquittées figurent celles des médecins et pharmaciens, sollicités pour traiter la tuberculose qui l'emporta si jeune.
Marie Duplessis ne s'était peut-être pas imaginée en héroïne de roman et d'opéra, mais elle fascina ses contemporains par l'élégance et l'intelligence dont elle fit preuve, et c'est bien la personne, et non le personnage, dont l'intimité nous est rendue dans ce document.

Mélisa Locatelli
Archives nationales. Département du Minutier central des notaires de Paris

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 809, mai 2014, p. 66.