Archives nationales

Dans les caves de la maison Félix Potin

Inventaire après décès de Félix Potin, 11 août 1871.
Arch. nat., MC/ET/XX/1113.

Le 11 août 1871, Me Mouchet commence à dresser l'inventaire après décès de Jean Louis Félix Potin, « en son vivant négociant en produits alimentaires », à la requête de sa veuve, Henriette Joséphine Miannay.

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Après avoir ouvert son premier magasin en 1844, à 24 ans, Félix Potin avait construit un commerce prospère en établissant la première grande surface d'épicerie sur deux niveaux au 103 boulevard de Sébastopol en 1860. L'un de ses six enfants, Charles Paul Ernest, était lui aussi épicier ainsi qu'un de ses gendres.

Outre les locaux du boulevard de Sébastopol, sont inventoriés les autres biens du défunt : une maison à Champigny-sur-Marne, achetée en 1868 ; du mobilier dans deux maisons louées, 41 rue du Grenier-Saint-Lazare et 49 rue de Montmorency, à l'usage des employés de la maison de commerce ; l'usine située à La Villette, 77 rue de l'Ourcq, sur un terrain de 4000 m² acheté en 1860.

Le mobilier de l'appartement du boulevard de Sébastopol se monte à un peu plus de 12 000 francs. On notera, dans le salon, une bibliothèque où voisinent le Musée des familles, le Magasin pittoresque, les œuvres de Lamartine, Buffon, Féval, Sue, Garnier-Pagès, Rousseau et Ségur. On rencontre aussi les bustes en bronze de Béranger et de Balzac. Le contenu de la maison de Champigny-sur-Marne se monte à près de 6 000 francs, tandis que les effets mobiliers des deux autres maisons parisiennes sont évalués à 1800 francs.

Mais c'est surtout à l'inventaire des marchandises du commerce boulevard de Sébastopol et de l'usine de La Villette qu'est consacré le document. Les produits qui y sont conservés frappent par leurs quantités : dans les caves, entre autres, 2565 litres de liqueurs et spiritueux en 3164 bouteilles, 374 kilos de thé, 2200 de chocolat, 3383 litres de vin en 4754 bouteilles, 4 kilos de vanille, 800 de conserves de viande, 210 de maquereaux à l'huile en 346 boîtes, 231 d'olives, 54 de moutarde, 2375 d'huile d'olive et de colza ; au rez-de-chaussée, on rencontre 797 kilos de confiture et fruits confits, 95 de poisson à l'huile, 1803 de bougie, 58 d'anchois au sel, 110 de caramel, 104 d'arrow-root, 600 litres de chartreuse, 120 kilos de thon, 83 200 bouchons de liège ; à l'entresol est inventorié le mobilier industriel dont vitrines, comptoirs dont un petit avec dessus en marbre blanc pour la vente du beurre, un autre au-dessus en étain pour celle des vins et quatre mètres de comptoir à grillage pour celle des huiles. Le total de la prisée des marchandises se monte à 84 246 francs.
À La Villette, les réserves sont encore plus impressionnantes : 3524 kilos de thés divers, 189 de farine, 31587 de café, 7625 de riz, 2881 de pâtes diverses, 9440 de savons, 24021 de sucres divers, 30 040 de sucre pour chocolat, 1107 de cafés brûlés, 33 172 de cacaos, 24 198 litres de vins en 30 603 bouteilles, 1407 litres de vermouth, 550 litres d'absinthe, pour les plus grosses quantités. À cela s'ajoute du matériel industriel : machine à vapeur de 25 chevaux, machine pour le chocolat, alambic, autoclaves, moulins à moutarde, voitures de transport, etc.
Le fondateur de l'enseigne qui prônait la vente à bon poids pour des produits de qualité avec marge bénéficiaire réduite laissait, au bout de compte, des biens estimés à près de 921 000 francs.

Claire Béchu
Archives nationales, Mission de la coordination et de la diffusion scientifiques

Texte de la notice publiée dans Historia, n° 756, décembre 2009, p. 91.