Archives nationales

L'esclavage est définitivement aboli !

Décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, 27 avril 1848.
Arch. nat., BB/30/1125/A/296

Décret d'abolition de l'esclavage par le Gouvernement provisoire de la Seconde république, 27 avril 1848. BB/30/1125/A.

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Alors que le débat sur l'abolition de l'esclavage en France s'était enlisé dans la première moitié du XIXe siècle, le gouvernement provisoire de 1848, installé pour un peu plus de deux mois suite à l'abdication de Louis-Philippe, prend une décision forte : l'abolition immédiate et complète.

Alphonse de Lamartine, l'un des chefs d'Etat et aussi ministre des Affaires étrangères, et François Arago, ministre de la Marine et des colonies, tous deux abolitionnistes radicaux, appellent Victor Schoelcher en tant que sous-secrétaire d'Etat à la Marine et lui confient la mission, le 4 mars 1848, de réfléchir aux modalités de cette émancipation.

La commission que préside Victor Schoelcher siège à partir du 6 mars 1848 pour recueillir témoignages de fonctionnaires, d'hommes de couleur libres, des délégués des colonies, des villes portuaires, etc.

Malgré la pression des lobbies sucriers des îles, dès le 27 avril est publié le décret d'abolition, dont la minute annotée par Schoelcher se trouve aux Archives nationales d'Outre-mer, qui conservent les fonds de l'ancien ministère de la Marine et des Colonies.

Après un préambule où sont évoqués les idéaux républicains et le fait que « l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine », les neuf brefs articles listent toutes les colonies concernées – dont les comptoirs africains et l'Algérie – où l'esclavage sera aboli, y compris le phénomène de l'engagisme sénégalais – statut intermédiaire entre esclaves et hommes libres.

Le texte réitère l'interdiction de la traite (depuis 1815 en théorie) mais interdit aussi à tout Français, sous peine de déchéance de nationalité, de participer à la traite ou d'être propriétaire d'esclave même en terre étrangère. Les colonies seront représentées dans les instances législatives.

Seule concession aux propriétaires, dans la lignée du principe républicain de droit de propriété, la fixation d'une indemnité pour les anciens propriétaires est renvoyée à la future Assemblée nationale (une loi sera votée le 2 mai 1849), mais aucune garantie n'est apportée sur la main-d'œuvre nécessaire à la culture de la canne.

À l'annonce de la nomination de Schoelcher et de sa mission, les esclaves de Martinique se révoltent. Anticipant le décret d'abolition et sa diffusion aux Antilles, les gouverneurs de Guadeloupe et de Martinique déclarent l'émancipation dès les 17 et 22 mai 1848. Il faut attendre le 10 août en Guyane et le 20 décembre 1848 à La Réunion pour qu'il s'y applique.

Tiphaine Gaumy,
Archives nationales