Archives nationales

Vol chez Jean-Jacques Rousseau

Information faite par Agnan Philippe Miché de Rochebrune, commissaire au Châtelet de Paris, « au sujet du vol avec effraction au sieur Rousseau », 16 janvier 1752.
Paris, Archives nationales, Y//15801.


Jean Jacques Rousseau, « âgé de quarante ans, citoyen de Genève, demeurant à Paris rue de Grenelle Saint Honoré en la maison du sieur Saby maître tailleur d'habit à l'hôtel de Languedoc » dépose le 16 janvier 1752 chez le commissaire Miché de Rochebrune que « le samedi 25 décembre dernier, le déposant étant rentré chez lui après le concert spirituel, il a appris que l'on avait volé le même jour dans l'après-midi dans une chambre au sixième étage où couche le sieur Levasseur, vingt-deux chemises fines garnies de manchettes unies, brodées et festonnées, marquées pour la plupart de la lettre R du côté droit, quatre mouchoirs dont un blanc et trois blancs et bleus, quatorze cols à quatre boutonnières et neuf coiffes de nuit appartenant au déposant marquées de la lettre R » ainsi que des draps, chemises et serviettes appartenant à la famille Levasseur qui demeure dans le même immeuble. Témoignent également François Levasseur, ancien officier de la Monnaie, 80 ans, Marie Renoult son épouse, 63 ans, « gouvernante du sieur Jean Jacques Rousseau » et Marie Thérèse Levasseur, 30 ans, ouvrière en linge, compagne de Rousseau.

Information faite par Agnan Philippe Miché de Rochebrune, commissaire au Châtelet de Paris, au sujet du vol avec effraction au sieur Rousseau, 16 janvier 1752. Paris, Archives nationales, Y//15801.
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Voici les circonstances de ce vol telles que Rousseau les relate dans le livre VIII des Confessions, écrites de 1765 à 1770 et publiées après sa mort :
« La veille de Noël, tandis que les Gouverneuses étaient à vêpres et que j'étais au Concert spirituel, on força la porte d'un grenier où était étendu tout notre linge, après une lessive qu'on venait de faire. On vola tout, et entre autres quarante-deux chemises à moi, de très belle toile, et qui faisaient le fond de ma garde-robe en linge. À la façon dont les voisins dépeignirent un homme qu'on avait vu sortir de l'hôtel, portant des paquets à la même heure, Thérèse et moi soupçonnâmes son frère, qu'on savait être un très mauvais sujet. La mère repoussa vivement ce soupçon ; mais tant d'indices le confirmèrent qu'il nous resta, malgré qu'elle en eût. Je n'osai faire d'exactes recherches, de peur de trouver plus que je n'aurais voulu. Ce frère ne se montra plus chez moi, et disparut enfin tout à fait. Je déplorai le sort de Thérèse et le mien de tenir à une famille si mêlée, et je l'exhortai plus que jamais de secouer un joug aussi dangereux. Cette aventure me guérit de la passion du beau linge, et je n'en ai plus eu depuis lors que de très commun, plus assortissant au reste de mon équipage. »