Archives nationales

 La pouponnière de Michelin

Photographie jointe à un rapport sur les œuvres de maternité et de protection de l'enfance aux usines Michelin, 1926 Arch. nat., F/22/559/dossier 20
Photographie jointe à un rapport sur les œuvres de maternité et de protection de l'enfance aux usines Michelin, 1926.
Arch. nat., F/22/559/dossier 20

En 1917, lors de la préparation de la loi du 5 août qui rendra obligatoire les chambres d'allaitement dans les entreprises de plus de cent employées, de vifs débats s'engagent à l'Académie de médecine, soulignant la nécessité de protéger la femme enceinte et son bébé, mais aussi de rendre la naissance souhaitée et bienvenue, alors qu'elle est trop souvent considérée comme une charge supplémentaire.
Parallèlement aux travaux des médecins et des législateurs, de nombreux patrons mettent en place une politique sociale favorisant la natalité parmi leurs ouvrières. Les entreprises de pneumatiques Michelin, installées à Clermont-Ferrand, sont souvent citées pour le zèle et la variété de leurs œuvres sociales. Le rapport de Mme Borrély, inspectrice du travail ayant visité l'usine en 1926, s'en fait l'écho, photographies à l'appui. En plus de la participation aux bénéfices, des constructions d'habitations bon marché et de la prise en charge des frais médicaux, les frères André et Édouard Michelin proposent des consultations médicales réservées aux femmes enceintes, des tâches moins pénibles à toute femme ayant déclaré sa grossesse, des primes de couches et même un nécessaire complet d'accouchement. Après la naissance du bébé, les ouvrières peuvent bénéficier de chambres d'allaitement, d'une crèche et d'une garderie, dont on voit ici la « terrasse ensoleillée ». Créée en 1922, elle peut accueillir 60 enfants, de 7 heures à 17 heures. Les petits pensionnaires enfilent à leur arrivée des barboteuses fournies et blanchies par la maison, roses pour les filles, bleues pour les garçons, leurs menus sont composés en fonction de leur âge, et des conseils d'alimentation sont donnés aux jeunes mères, dans un manuel édité par les industriels, dont la préface signée par Michelin lui-même assure : « Ma fille vient d'appliquer les méthodes décrites dans cette brochure […] je n'ai jamais vu petite fille plus souriante. »
Une étude de l'état civil indique qu'en 1928, autour de Clermont-Ferrand, pour 100 enfants « non Michelin », il en naît 250 dans les familles Michelin. Dans L'Illustration du 21 juin 1930, Ludovic Naudeau conclut son article consacré à la population du Puy-de-Dôme en affirmant : « Nous en viendrons tôt ou tard à Micheliniser la France entière, et nous ne parviendrons à la Micheliniser qu'au nom de la loi ». Ce sera chose faite le 11 mars 1932, avec la loi Landry, qui généralise les allocations familiales pour tous les salariés de l'industrie et du commerce.

Cécile Bosquier-Britten
Archives nationales. Département de l'Éducation, de la Culture et des Affaires sociales

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 820, avril 2015, p. 68.