Archives nationales

Le premier diplômé en pharmacie de Paris

Attestation du pharmacien Steinacher pour son "stagiaire" Jean Gardet Lagarde, 6 juillet 1797.
Arch. nat., AJ/16/1912


Attestation du pharmacien Steinacher pour son "stagiaire" Jean Gardet Lagarde, 6 juillet 1797. Arch. nat., AJ/16/1912< Cliquer sur l'image pour l'agrandir

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Le dossier du premier diplômé de l'École de pharmacie de Paris est daté du 19 nivôse an XII [10 janvier 1804], jour de sa réussite au troisième et dernier examen prévu par une loi révolutionnaire toute récente. Le dossier de Jean Gardet Lagarde, natif de Sarlat, est composé de onze pièces dont une attestation en latin témoignant de six mois de service dans l'officine du pharmacien parisien Steinacher, qui précise que Gardet y a fait preuve de « fidélité et de diligence ».
L'application du décret du 2 mars 1791 qui visait, par la suppression des corporations, maîtrises et jurandes, la liberté de choix et d'exercice professionnel, a abouti à la disparition des universités et écoles « professionnelles », telles que les écoles de droit ou de médecine constituées sur le modèle des corporations de métiers. Mais, face à la nécessité de former des praticiens et de réglementer, malgré tout, l'exercice de certaines professions plus « techniques » ou sensibles comme les professions médicales, trois écoles de santé sont créées le 14 frimaire an III [4 décembre 1794], dont une à Paris, afin de prendre le relais du Collège de pharmacie provisoirement rétabli dans ses fonctions dès le courant d'avril 1791.
La loi du 21 germinal an XI [11 avril 1803] « contenant organisation des écoles de pharmacie » vient en complément de la loi générale sur l'Instruction publique du 11 floréal an X [1er mai 1802) et de la loi du 19 ventôse an XI [9 janvier 1803] réglementant les études et l'exercice de la médecine. Elle crée, à côté des trois écoles de médecine de Paris, Montpellier et Strasbourg, des écoles de pharmacie et établit également les modalités de réception des pharmaciens. Les aspirants admis à se présenter devant un jury avaient deux possibilités : avoir exercé huit ans auprès d'un pharmacien ou faire la preuve de trois années d'études théoriques et de trois autres de pratique.
Notre candidat a donc dû fournir un certain nombre de pièces justificatives. Cinq attestations de « stage » pour une durée cumulée de plus de cinq ans et cinq attestations « scolaires » pour une période comprise entre l'an IV (1796) et l'an XII (1804) : il a débuté auprès d'un « appothicaire chimiste » de sa ville natale avant de venir à Paris suivre les cours de l'École gratuite de pharmacie, émanation du Collège, puis de l'École de santé avant de se présenter devant le jury de l'École de pharmacie. Entre-temps, il a travaillé dans une officine versaillaise et dans trois autres parisiennes dont celle du pharmacien Steinacher. L'attestation de ce dernier est la plus atypique car rédigée en latin, datée selon le calendrier grégorien, avec un cachet de cire rouge mais sur papier timbré de la République française !
Les trois écoles de Paris, Montpellier et Strasbourg se verront décerner le titre d'écoles supérieures en 1846, accèderont au statut de faculté en 1920 et ne décerneront des doctorats d'État qu'en 1939.


Édith Pirio,
Archives nationales

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 791, novembre 2012, p. 24.