Archives nationales

Georges Wilson et Rosy Varte dans "Ubu"

Palais de Chaillot, mars 1958. Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine), 295AJ/862/2, © succession Agnès Varda, photographe.


« Un vif succès, pour cette chère bonne vieillerie !... »
Georges Wilson et Rosy Varte dans « Ubu » au Palais de Chaillot, mars 1958. Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine), 295AJ/862/2, © succession Agnès Varda, photographe.

< © Succession Agnès Varda, photographe.

> Voir les archives du TNP (direction Jean Vilar) en Salle des inventaires virtuelle

Ainsi débute le journaliste et académicien Robert Kemp dans la critique théâtrale qu'il tient au journal Le Monde. Suite à la première représentation du spectacle Ubu le 15 mars 1958 dans une mise en scène de Jean Vilar au Théâtre national populaire (TNP), il consacre quelques colonnes à l'adaptation proposée à partir des trois Ubu d'Alfred Jarry.

Dans la grande salle de Chaillot, Jean Vilar offre une version d'Ubu mêlant Ubu roi, Ubu cocu et Ubu enchaîné avec pour principaux protagonistes Georges Wilson (Père Ubu) et Rosy Varte (Mère Ubu), immortalisés sur cette photographie prise par Agnès Varda. Comme de coutume tout au long de sa collaboration avec le TNP, Agnès Varda propose des photographies posées destinées à la diffusion et à la promotion des spectacles dans la presse. Comme les nombreux autres photographes qui concourent à l'image du TNP, les photographies qu'elle prend sont numérotées et soumises à Jean Vilar grâce à des planches contacts et des albums à spirales. Le fonds conservé aux Archives nationales compte 171 albums (295AJ/848/1-295AJ/863), principalement constitués de tirages pris par Mario Atzinger, le Studio Bernand, Jean-Pierre Leloir et Agnès Varda, mais d'autres photographes interviennent plus ponctuellement, comme Sabine Weiss ou le Studio Lipnitzki.

Parodie de Macbeth de Shakespeare, l'adaptation d'Ubu voulue par Jean Vilar repose sur des ressorts à la fois tragiques et comiques. Elle concentre les engagements politiques défendus par le metteur en scène à travers son théâtre. Le registre comique est quant à lui nourri par les costumes du peintre Jacques Lagrange qui signe aussi les décors. Ainsi le Père Ubu arbore un faux ventre aux allures clownesques, agrémenté de la fameuse gidouille. Mère Ubu n'est pas en reste avec la collerette qui orne son costume à rayures verticales, en posant telle une Bellone grotesque et provocante, assise jambes écartées devant la Tour Eiffel qui s'élance à l'arrière-plan.

Comme Robert Kemp, qui évoque une « voix de Stentor femelle », Marie-Madeleine Mervant-Roux, dans la rubrique « Entendre le théâtre » qu'elle a dirigée et publiée sur le site de la Bibliothèque nationale de France, souligne que le succès tient beaucoup à la performance de ces deux protagonistes, notamment leur incarnation d'une voix. Maurice Jarre, collaborateur régulier du TNP, assure quant à lui la musique et les chansons.

Emeline Rotolo,
Archives nationales

Le TNP et Jean Vilar

1959 au TNP - L'aventure du Théâtre Récamier

L'idée d'un théâtre populaire, au sens de « peuple », date de la fin du XIXe siècle et de  l'expérience de Maurice Pottecher au Théâtre du Peuple à Bussang. Jean Vilar en reprenant  l'appellation de Théâtre national populaire voulu par Firmin Gémier en 1920, poursuit cet objectif d'accessibilité et de rassemblement national.

Jean Vilar signe un contrat de régie direct avec l'État le 20 août 1951 pour exploiter la salle du Palais de Chaillot. Son projet voit le jour grâce aux personnalités qui acceptent d'œuvrer à ses côtés, Jean Rouvet, administrateur général jusqu'en 1959, Sonia Debeauvais, responsable des rapports avec le public à partir de 1957, mais aussi grâce à des partenariats ponctuels comme avec l'artiste Alexandre Calder en 1952 ou le scénographe Jacques Le Marquet. De la troupe de comédiens qu'il parvient à former, des figures émergent, malgré l'accent porté au collectif, comme Maria Casarès, Jeanne Moreau ou Gérard Philipe : autant de mises en scène, d'acteurs et d'actrices qui peuplent encore, à plus de soixante ans de distance, notre imaginaire.

Logo du TNP
< Cliquer pour agrandir l'image du logo du théâtre national populaire (TNP)

Le Théâtre national populaire s'incarne sous les traits de Jean Vilar, mais il est aussi une aventure,  une expérience de confiance entre lui et l'administration en charge des théâtres en France – Jeanne Laurent évidemment, sa hiérarchie et les ministres de tutelle. Jean Vilar n'a pas seulement réfléchi à une esthétique, à un public rêvé mais aussi au fonctionnement d'un théâtre qui ne repose pas sur la consommation mais sur l'échange. Ce rapport au public est incarné notamment par les questionnaires à remplir à l'issue d'une soirée.

Costumes de Gérard Philipe dans le rôle de Rodrigue, pour Le Cid, sans date.

< Cliquer pour agrandir l'image du costume de Gérard Philipe dans le rôle de Rodrigue, pour Le Cid, sans date.

Conscient de l'expérience unique portée par lui et son équipe, Jean Vilar décide dès 1951 d'en former la trace et d'envoyer à la Bibliothèque de l'Arsenal les affiches et les programmes de son théâtre. Ces documents font aujourd'hui partie du département des Arts du spectacle de la Bibliothèque national de France et sont rassemblés dans la série COL-71. Nourri par la même logique il décide de confier les archives de sa direction aux Archives nationales où elles arrivent dès 1966. Elles sont aujourd'hui classées dans la sous-série 295AJ. Enfin à sa mort les archives conservées chez lui rejoignent Avignon et constituent aujourd'hui le noyau des fonds conservés dans les collections de la Maison Jean Vilar

Les Archives nationales, la BnF et l'Association Jean Vilar vous proposent de croiser leurs fonds dans le feuilletage proposé ci-dessus pour découvrir l'actualité du TNP à 60 ans de distance. En octobre 1959 Jean Vilar prend possession avec la troupe du TNP d'une seconde salle après celle du Palais de Chaillot, le Théâtre Récamier, qu'il dédie uniquement aux textes contemporains. Dans le même temps se joue un premier accroc dans le projet, la disparition brutale de Gérard Philipe le 25 novembre 1959.