Archives nationales

Les perruques de Marie-Antoinette : frivolité et message politique

Arch. nat., MM 918

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« La Galerie des modes réunit l'exactitude à l'agrément ». C'est ainsi que commence l'introduction de cet ouvrage constitué de deux volumes. La beauté des gravures, leur précision, ainsi que les descriptions qui les accompagnent, nous persuadent vite que les compilateurs ont atteint leur but. Ils rassemblent plusieurs centaines de gravures de mode, datant sans doute du début des années 1780. Si certaines représentent le costume des bourgeoises, voire des gens de maison (gouvernante, modiste, cuisinière, coiffeur), elles sont pour la plupart destinées aux « personnes de qualité », à cette aristocratie française dont les toilettes coûteuses et recherchées contribuaient au rayonnement de la France.

Caraco ou gorgerette, gaze bouillonnée ou étoffe de burat, robe à la Polonaise ou à la Circassienne, bande plissée en tuyau ou frisure en hérisson tronqué, jupons, volants et falbalas : le volume est clairement dédié aux frivolités de la mode et du paraître. Cette orientation est assumée : il se permet de fustiger, ici ou là, cette époque pas si lointaine où les dames ne parlaient que chimie et métaphysique, morale et sciences naturelles, époque heureusement révolue d'une « mode raisonneuse », incapable de faire briller les grâces du beau sexe.

Sont aussi proposées de nombreuses gravures de coiffures, aux noms évocateurs. Ces perruques originales, gigantesques et compliquées d'accessoires hétéroclites, étaient soutenues par une armature de fils d'acier fort inconfortable. Elles sont sources de renseignements sur les événements du temps : la coiffure à l'Anglaise témoigne de l'engouement pour ce pays à la fin du XVIIIe siècle, la Nouvelle laitière du goût affiché de Marie-Antoinette pour la simplicité de la vie au Petit Trianon, la coiffure à l'Inoculation doit encourager à se faire vacciner contre la variole. Citons encore le bonnet anglo-américain ou celui à la Voltaire, le Parterre galant, la Candeur ou la Baigneuse, la Cléopâtre ou l'Eurydice, la coiffure au Que-sa-quo, le pouf à la Puce ou à l'Asiatique, le bonnet aux Berceaux d'amour, la coiffure à la Frégate La Junon, et même le Chien couchant orné d'une double barrière !

Mais la plus célèbre est sans doute la coiffure à la Belle Poule, créée à l'occasion de l'affrontement, le 17 juin 1778, entre la frégate française La Belle Poule et la frégate britannique Arethusa, qui dut prendre la fuite. Elle a peut-être été créée par Rose Bertin, célèbre modiste de la reine qu'elle surnommait sa « ministre des modes ». Elle représente la frégate elle-même, avec voiles et cordages, portée sur les cheveux peignés et laqués ! On imagine la fragilité de l'édifice et la difficulté des élégantes à se déplacer…

Marie-Adélaïde Nielen
Archives nationales. Département du Moyen Âge et de l'Ancien Régime

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 732, février 2013, p. 20.