Archives nationales

Louis-Philippe échappe à un attentat


Machine infernale utilisée lors de l'attentat contre Louis-Philippe à Paris, 28 juillet 1835.
Arch. nat., AE/V/120-124

Machine infernale utilisée lors de l'attentat contre Louis-Philippe à Paris, 28 juillet 1835.Le 28 juillet 1835, à l'occasion du cinquième anniversaire de la révolution de Juillet, le roi Louis-Philippe passe en revue la garde nationale sur les grands boulevards. Malgré les menaces d'attentat, il a refusé d'annuler la cérémonie à laquelle il se rend avec ses fils aînés, plusieurs ministres et maréchaux. À la hauteur du 50 boulevard du Temple, une fusillade éclate, faisant 19 morts, dont le maréchal Mortier, et 42 blessés, le roi, lui, n'ayant que des égratignures au front.

L'un des organisateurs de cette conspiration est Giuseppe Fieschi. Ce corse, né à Murato, en décembre 1790, dans une famille misérable, affronte très tôt des drames familiaux : décès de son père en prison (1808), après une condamnation pour vol, et de son frère aîné en combattant pour l'Empereur.

Quand lui-même s'engage dans l'armée impériale, il s'y illustre par son courage. Passé au service de Joachim Murat, roi de Naples, il fait preuve de bravoure dans les campagnes de 1812-1814, ce qui lui vaut d'être décoré de l'ordre royal des Deux-Siciles. Cependant, il trahit ses supérieurs en livrant des renseignements aux Autrichiens et en permettant ainsi leur victoire à la bataille de Tolentino le 3 mai 1815. Puis, alors que Murat prépare une expédition en Italie du Sud pour reconquérir son royaume, Fieschi le trahit à nouveau en livrant les plans. Murat et ses officiers sont fusillés le 13 octobre 1815, Fieschi livré à Louis XVIII, jugé par la cour de Draguignan et acquitté.

Sans ressources, il retourne en Corse où il réclame la part d'héritage de son père, censée lui revenir et qu'il estimait à la valeur d'une vache. Sa sœur ayant refusé tout partage, il vole du bétail et contrefait un certificat de propriété à la mairie de Bastia, mais il est arrêté et condamné en 1819 par la cour d'assises d'Ajaccio à dix ans de réclusion. Détenu à la prison d'Embrun, où son père était décédé onze ans plus tôt, Fieschi va travailler à l'atelier de draperie. Son comportement lui vaut d'être rapidement nommé contremaître, puis chef de cuisine à l'infirmerie.

Libéré en 1826, il exerce le métier de drapier jusqu'à la révolution de 1830. Arrivé à Paris, il profite de la loi d'amnistie du 26 août, réhabilitant les anciens prisonniers politiques condamnés sous la Restauration, et s'appuie sur ses récompenses militaires pour demander à revenir dans le service actif. Après plusieurs affectations, on le retrouve travaillant pour le Préfet de police à qui il fournit des renseignements sur les sociétés républicaines.
Mais Fieschi va rapidement être pris dans un engrenage de malversations qui l'amène à perdre son travail et vivre caché. C'est ainsi que, malgré l'absence de convictions politiques, il se trouve entraîné par deux républicains convaincus, Pierre Morey et Théodore Pépin, dans l'attentat contre Louis-Philippe. Blessé par l'engin lors de la fusillade, il est très vite arrêté, ainsi que ses complices. À l'issue du procès, ils sont guillotinés le 19 février 1836.
Cet attentat contribua à jeter l'opprobre sur les opposants au régime, et en particulier sur les républicains.
La « machine infernale » est composée de vingt-cinq canons de fusils juxtaposés et reliés entre eux. Elle est entrée, comme les dossiers du procès dans les archives de la Chambre de pairs, aux Archives nationales au titre de pièce à conviction. L'ironie du sort veut qu'un portier des Archives nationales, Laurent Christophe Schwartz, a été compromis dans l'attentat pour avoir prêté un moule utilisé pour la fonte des balles…

Claire Béchu
Archives nationales, Mission de la coordination et de la diffusion scientifiques

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 765, septembre 2010, p. 93.