Archives nationales

Le lazaret et l'infirmerie d'Arenc : nasse de défense de Marseille

« Plan, coupe et élévations d'une tour à construire dans l'intérieur du lazaret de Marseille », 1803.  Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine), F/8/36/II/3


 « Plan, coupe et élévations d'une tour à construire dans l'intérieur du lazaret de Marseille », 1803. Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine), F/8/36/II/3

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« Je suis arrivé tout tremblant jusqu'à la première porte du lazaret ; de là j'ai regardé et j'ai fait des questions. Le lazaret est un vaste édifice qui se prolonge depuis la pointe de la Joliette jusqu'à la pointe d'Arenc ». Stendhal donne une description détaillée du lazaret de Marseille dans son œuvre Mémoire d'un touriste (1838). L'écrivain est peu sensible aux intérêts de la quarantaine. Selon lui, « les gardiens marseillais croient facilement que le voyageur triste a la peste » ; aussi conseille-t-il aux marins et passagers « assez mal avisés pour arriver du Levant à Marseille » de se montrer heureux et de leur offrir du vin afin d'écourter l'enfermement !
Édifice isolé et de sinistre réputation, dans lequel séjournent les équipages des navires et leurs cargaisons pour y être désinfectés, le lazaret constitue le filet de sécurité des côtes méditerranéennes face aux ravages des maladies pestilentielles. Son objectif principal est d'isoler les malades afin de protéger les sains. Emprunté à l'italien lazzaretto, le mot lazaret serait une altération probable, par croisement entre San Lazzaro (patron des lépreux) et Santa Maria di Nazareth, nom d'une île de la lagune vénitienne où l'on mettait en quarantaine les malades revenus de Terre Sainte. C'est à Venise, pionnière en matière de santé publique, qu'est construit le premier lazaret en 1423.
En France, la cité prospère de Marseille joue le rôle de trait d'union avec l'Orient, mais aussi de porte d'entrée aux épidémies. Pour se prémunir de la menace, des mesures sanitaires permanentes sont progressivement installées. Un Bureau de santé est créé en 1472, puis un premier lazaret en 1526 (disparu) et une grande infirmerie en 1663, située dans le quartier d'Arenc, à l'extérieur de la cité.
Le lazaret d'Arenc est successivement agrandi. En 1830, il atteint une superficie de 34 hectares. Les quatre enclos affectés au logement des passagers permettaient d'accueillir une trentaine de malades en chambres séparées. Les trois autres enclos étaient destinés à la désinfection des marchandises, aux quarantenaires sains et aux logements des personnels. À l'entrée du lazaret, se trouvait la « chambre aux parfums » où étaient désinfectés par fumigation les documents et le courrier.
Le redoutable système quarantenaire mis en place à Marseille était considéré comme un modèle en Europe. Il était basé sur des inspections rigoureuses des navires conduisant à la rédaction des patentes de santé et sur la clé de voûte qu'était le lazaret. Pas toujours efficace, en témoigne la peste de Provence de 1720, ce système a toutefois permis de contenir de nombreux départs d'épidémies. Après 1720, les temps d'internement et de « séquestration » des équipages et des marchandises se trouvent prolongés. Comme le décrit Stendhal, « si un homme de l'équipage vient à mourir pendant la quarantaine, le bureau de santé a le plaisir vif de la faire recommencer ».
Les bâtiments du lazaret d'Arenc, aujourd'hui disparus suite aux aménagements du port et des docks de Marseille dans la seconde moitié du XIXe siècle, existent encore au travers des archives. La tour préfigurée par ce plan de 1803 devait abriter une horloge et servir de vigie sur les enclos. À partir de 1850, l'infirmerie est abandonnée au profit de l'hôpital Caroline (inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1980) situé dans l'archipel du Frioul, face à Marseille. Les lazarets de France ont ensuite été désaffectés ou réaffectés, plus aucun n'est en fonctionnement aujourd'hui.

Lucile Douchin,
Archives nationales