Archives nationales

Perquisition chez Denis Diderot

Procès-verbal de visite des papiers de Denis Diderot par le commissaire Miché de Rochebrune, 24 juillet 1749.
Paris, Archives nationales, Y//15794/A

 

Procès-verbal de visite des papiers de Denis Diderot par le commissaire Miché de Rochebrune, 24 juillet 1749. Paris, Archives nationales, Y//15794/A

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En juin 1749, paraît la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient de Denis Diderot. Les positions matérialistes qu'il y défend font scandale à la Cour. Un mois plus tard, le lieutenant général de police Berryer fait arrêter Diderot chez lui rue de l'Estrapade par Joseph d'Hémery, lieutenant de robe courte et demande au commissaire au Châtelet de Paris, Miché de Rochebrune, « d'y faire perquisition en sa présence de ses papiers et saisir tous ceux qui se trouveront contraires à la religion, à l'État et aux bonnes mœurs ». Deux brochures de l'ouvrage interdit s'y trouvent mais aussi des « manuscrits concernant le dictionnaire de Chambers et renfermés dans 21 cartons » probablement alors sous-estimés par la police : c'est en effet en traduisant en français La Cyclopedia d'Ephraïm Chambers, publié à Londres en 1728 que Diderot et d'Alembert décident d'un projet plus vaste et plus ambitieux, l' Encyclopédie.

« L'an mil sept cent quarante-neuf, le jeudi vingt-quatre juillet, sept heures et demie du matin, nous, Agnan Philippe Miché de Rochebrune, avocat au Parlement, conseiller du roi, commissaire au Châtelet de Paris, en exécution des ordres de Sa Majesté, lesquels nous ont été adressés le jour d'hier par Monsieur le lieutenant général de police à l'effet de nous transporter chez le sieur Diderot pour y faire perquisition en sa présence de ses papiers et saisir tous ceux qui se trouveront contraires à la religion, à l'État et aux bonnes mœurs, dont et de quoi nous dresserons procès-verbal, sommes transportés avec le sieur d'Hémery, lieutenant de robe courte, à la Vieille Estrapade, dans une maison dont est propriétaire la dame Chetel, et étant montés au deuxième étage, sommes entrés dans un appartement occupé par le sieur Denis Diderot que nous y avons trouvé et lui ayant fait entendre le sujet de notre transport, nous avons fait en sa présence perquisition dans son cabinet et nous n'y avons trouvé que des manuscrits concernant le dictionnaire de Chambers et renfermés dans vingt-un cartons ; il s'est seulement trouvé sur une grande table servant de bureau des manuscrits concernant le même dictionnaire et deux brochures intitulées Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient que nous avons saisies, dont le sieur d'Hémery s'est chargé pour en faire la représentation.
Avons continué ladite perquisition en présence dudit sieur Diderot dans les autres chambres et ouverture faite des armoires et des commodes, il ne s'y est trouvé aucun papier.
Dont et de tout ce que dessus avons fait et dressé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de raison et a ledit sieur Diderot signé avec ledit sieur d'Hémery et nous commissaire
Miché de Rochebrune D'Hémery Diderot
 »