Archives nationales

Plongeurs de haut vol

Lettre de candidature d'acrobates américains désireux de présenter leur spectacle lors de l'Exposition universelle de 1900, New York, novembre 1899 Arch. nat., F/12/4375

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Lettre de candidature d'acrobates américains désireux de présenter leur spectacle lors de l'Exposition universelle de 1900, New York, novembre 1899.
Arch. nat., F/12/4375

L'Exposition universelle de 1900, « synthèse des progrès et des œuvres du siècle » et réclame pour les idées nouvelles, fut l'occasion, pour de nombreux artistes et inventeurs, de proposer des spectacles insolites, pittoresques ou sensationnels à côté des grandes réalisations présentées par les autorités officielles.
Ainsi, le 20 novembre 1899, le commissariat de l'exposition universelle reçoit la lettre publicitaire d'une équipe de gymnastes américains, virtuoses du plongeon acrobatique : les Gay et Rose. Équipe mixte, Matt Gay, Edgar Rose, Mlle Rose et Margarett Johnson présentent un spectacle athlétique et esthétique, jamais monté en Europe. Or, depuis 1893, ils se sont déjà produits à Los Angeles, San Francisco, Omaha ou New York.
Mlle Rose effectue le gainer somersault, plongeon piqué arrière, s'élançant tête première d'un tremplin de 80 pieds de haut (24 m) et plongeant dans un petit bassin de 10 pieds de large sur 23 pieds de long (soit environ 3 m sur 7) et de 6 pieds (1,80 m) de profondeur. Matt Gay, lui, présente le back layout, se jetant les mains en avant et exécutant un saut périlleux. Il se retourne en arrière pour finalement pénétrer dans l'eau avec grâce. Ils exécutent culbutes et sauts renversés, parfois à partir d'un trapèze volant. Margaret Johnson, elle, plonge attachée dans un sac lesté et se libère en trois minutes sous l'eau pour ressortir libre du bassin.
L'en-tête de la lettre, imprimé à l'encre violette, donne le ton du spectacle. Surmonté du nom de la compagnie qui semble danser dans les airs, il évoque l'ensemble des exercices proposés avec un trait de crayon léger et sautillant. Tel des hommes volants, les athlètes virevoltent dans le ciel avant de se jeter dans un tout petit bassin. L'arène évoque une piste de cirque et les spectateurs massés sur les gradins admirent les numéros exécutés.
Si ces performances évoquent encore ici l'art des saltimbanques et de la fête populaire, ce type de démonstration va se développer comme discipline professionnelle, le plongeon sportif, dont les règles ne sont pas encore fixées en 1900, hésitant entre nage ou immersion sous l'eau et performance aérienne. Anglais, Allemands et Suédois en sont de grands amateurs. En 1900, le comité d'organisation des Jeux olympiques de Paris, dont les compétitions sportives se sont déroulées principalement à Vincennes dans le cadre de l'exposition universelle, n'a pas reconnu le plongeon comme discipline à part entière. Il sera intégré, pour les hommes, au programme officiel des jeux de Saint-Louis, quatre ans plus tard. Pour les femmes, il faudra attendre ceux de Stockholm en 1912.

Geneviève Profit
Archives nationales. Département de l'Environnement, de l'Aménagement du territoire et de l'Agriculture

Texte de la notice publiée dans Historia, n° 811, juillet 2014, p. 66.