Archives nationales

Par la « dernière » volonté du roi

Testament de Louis XIV, 2 août 1714, 13 avril et 23 août 1715.
Arch. nat., AE II 25

Testament olographe du roi Louis XIV

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En 1714, Louis XIV rédige son testament, à Marly. Âgé de 74 ans, il ressent déjà les premiers symptômes de la gangrène qui va l'emporter. Il a vu disparaître son fils, le Grand Dauphin, puis son premier petit-fils, le duc de Bourgogne. Son second petit-fils a renoncé à la couronne de France en 1700 pour devenir roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. De ses trois arrière-petits-fils, seul reste Louis, duc d'Anjou, âgé de 4 ans.
Aussi, le 2 août 1714, pressé par son entourage et soucieux d'assurer sa succession, Louis XIV écrit et signe de sa propre main un testament de quatorze pages pour « prévenir autant qu'il dépend de nous les maux dont notre pays pourrait être troublé » et qui commence par « Cecy est nostre disposition et ordonnance de dernière volonté sur la tutelle du Dauphin notre arrière-petit-fils et pour le conseil de régence… ». En cas de défaillance des princes légitimes, le roi y affirme son souhait d'appeler à la succession ses bâtards, fils de Madame de Montespan, le duc du Maine et le comte de Toulouse qu'il a légitimés. Cette volonté provoque l'indignation du duc de Saint-Simon qui y voit un acte de despotisme. Elle va à l'encontre des lois fondamentales qui régissent le royaume : on naît prince du sang, on ne peut le devenir par édit royal. Le successeur à la couronne doit être le plus proche parent du roi par filiation légitime.
En outre, le testament limite le futur rôle du régent, neveu du roi, Philippe d'Orléans, que Louis XIV juge intrigant et débauché. Il institue auprès du petit duc d'Anjou, futur Louis XV, un conseil de régence où entreraient les fils naturels légitimés du défunt roi. Seule reste à Philippe d'Orléans la charge, honorifique, de « président du conseil de régence ». Toutes les décisions seront prises à la majorité « sans que le duc d'Orléans pût seul et par son autorité particulière rien déterminer, statuer et ordonner ». Le duc du Maine détient le pouvoir réel en recevant la tutelle du futur Louis XV, ainsi que l'autorité sur les troupes du roi.
Le 13 avril 1715, sentant sa fin approcher, le roi augmente les prérogatives du duc de Villeroy, chargé de veiller sur le duc d'Anjou. Dans un second codicille daté du 23 août, il désigne l'abbé Fleury et le père Letellier comme précepteur et confesseur de l'enfant. Il semble cependant que le roi ne se fasse pas d'illusion sur le sort posthume de son testament. Il écrit le 27 août à la reine d'Angleterre : « Madame, le voilà fait. Il deviendra ce qu'il pourra, mais au moins on ne me tourmentera plus. »
De fait, le lendemain de la mort du roi, le 2 septembre 1715, le parlement de Paris casse le testament jugé contraire aux lois du royaume. Philippe d'Orléans est proclamé régent et détenteur effectif du pouvoir. Il retrouve le commandement des armées, tandis que le duc du Maine et le comte de Toulouse abandonnent tout rôle officiel. En contrepartie, Philippe d'Orléans restitue au Parlement son droit de remontrance. Les ministres sont remplacés par des conseils de notables et de parlementaires.
La Régence reste dans les mémoires comme une époque de renaissance et de liberté retrouvée, tant au niveau de la politique, de l'économie (le fameux système de Law date des années 1720), que des mœurs et des arts.

Monique Hermite,
Archives nationales

Texte de la notice publiée dans Historia, n° 709, janvier 2006, p. 3