Archives nationales

Stendhal à Moscou, avec la Grande Armée

Lettre de Stendhal à sa sœur, Pauline Périer, datée de Moscou, 4 octobre 1812.
Arch. nat., AB/XIX/5000, dossier 1


Lettre de Stendhal à sa sœur, Pauline Périer, datée de Moscou, 4 octobre 1812. Arch. nat., AB/XIX/5000, dossier 1
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L'incendie qui ravage Moscou du 14 au 19 septembre 1812 est l'un des tournants majeurs de l'épopée napoléonienne. Alors qu'en juin 1812 l'Empire français est à l'apogée de sa puissance, Napoléon se lance à la conquête de la Russie. La Grande Armée atteint Moscou le 14 septembre, mais, faute d'avoir pu vaincre les troupes russes à la bataille de la Moskova (7 septembre), elle s'épuise et souffre cruellement du manque de ravitaillement. L'incendie de Moscou, en détruisant les réserves laissées par les troupes russes lors de leur retraite, empêche Napoléon d'établir son quartier général d'hiver au cœur de la Russie et l'oblige à ordonner la retraite. Les rigueurs de l'hiver et le harcèlement constant des troupes du tsar Alexandre conduisent l'armée impériale à une véritable déroute.


Acteur méconnu de cette période, Henri Beyle, plus connu sous son nom de plume, Stendhal, va transmettre, par le biais de son Journal, de précieux témoignages sur les campagnes de Napoléon à travers l'Europe. Entré dans l'armée en 1800 grâce à l'appui de son cousin Pierre Daru, secrétaire général du ministère de la Guerre puis intendant général de la Grande Armée, il quitte Paris pour rejoindre l'Empereur en campagne, chargé de lui remettre courriers et paquets. Placé sous les ordres du général Mathieu Dumas, il assiste à l'embrasement de la capitale russe.


Afin d'éviter la perte de ses notes, Stendhal les transmet, sous forme de lettres, à son ami Félix Faure et à sa sœur Pauline. Dans celle-ci, il relate les journées des 14 et 15 septembre 1812. Il décrit la sortie chaotique des troupes françaises de Moscou. Participant aux recherches visant à trouver une habitation décente pour l'Empereur, contraint de quitter le Kremlin, il commente le pillage qui accompagne la débandade.
Comme dans la plupart des pages de son Journal, on ne cherchera pas dans cette lettre l'écriture d'une histoire officielle ou secrète. Il s'agit avant tout des impressions d'un homme désabusé, qui observe froidement les événements. Il décrit notamment, avec dégoût, la « grossièreté générale », les pillages, les beuveries. Il rêve de solitude et de quiétude afin d'admirer « le plus bel incendie du monde » : « C'était un grand spectacle, mais il aurait fallu être seul ou entouré de gens d'esprit ».
Stendhal survit héroïquement à la meurtrière retraite de Russie et écrira, au sujet des horreurs et drames qu'il vécut durant ces années de guerre : « J'y ai vu des choses qu'un homme de lettres sédentaire ne devinerait pas en mille ans ». Son œuvre romanesque s'inspirera largement de ces expériences et de la personnalité de l'Empereur.


Thierry Guilpin,
Archives nationales

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 814, octobre 2014, p. 64.