Archives nationales

Troyes 1420 : l'union des deux royaumes de France et d'Angleterre

Traité de Troyes intitulé au nom du roi d'Angleterre Henri V, 21 mai 1420.
Arch. nat., AE/III/254 (J 646, n° 15)

Traité de Troyes intitulé au nom du roi d'Angleterre Henri V, 21 mai 1420 Arch. nat., AE/III/254 (J 646, n° 15)

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Le 21 mai 1420, dans la cathédrale Saint-Pierre de Troyes, le roi de France Charles VI et le roi d'Angleterre Henri V scellent un traité extraordinaire de « paix universelle », qui est également une convention  de mariage entre Henri et la fille de Charles VI, Catherine de France.

Le succès inexorable de la campagne militaire anglaise et le meurtre du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, à Montereau, le 10 septembre 1419, par les hommes du dauphin, le futur Charles VII, ont conduit les conseillers de Charles VI et l'homme fort du royaume, le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, à pactiser avec l'ennemi de manière radicale.
Ainsi, le roi d'Angleterre devait devenir roi de France au décès de Charles VI, avec toutes les prérogatives afférentes, ce qui concrétiserait l'union des deux couronnes voulue par Henri V, dans le respect des coutumes et des lois de chaque royaume.
Entretemps, Henri prendra le titre de « roi d'Angleterre, héritier de France ». Mais la clause la plus importante est celle qui reconnaît l'incapacité de Charles à gouverner et délègue cette fonction à Henri V, en lui donnant tout pouvoir, conjointement avec le duc de Bourgogne, sur le roi, son entourage et ses résidences. De fait, le roi d'Angleterre prend le contrôle du royaume de France.


A la différence de l'exemplaire conservé dans les archives du duc de Bourgogne, le traité original intitulé au nom du roi Henri V et conservé au Trésor des chartes des rois de France est magnifiquement décoré à la mode anglaise L'initiale H du nom Henricus comprend à la fois les armes de France (trois fleurs de lys) et celles d'Angleterre (trois léopards).
Le pourtour de la couronne royale surplombant le H porte les mots « Foi, paix, justice » (Fides, pax, justitia) qui sonnent comme un programme de gouvernement. Défendre l'Église, la paix et la justice, tel était déjà le fondement de la politique de Saint Louis. Mais Henri V le remet au goût du jour, à un moment où toutes les factions en lutte dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons proclament sans cesse qu'elles recherchent la paix. Considéré comme un « Grand justicier » par ses contemporains et comme un défenseur de l'Église par son rôle dans la résolution du Grand Schisme en soutenant l'élection de Martin V comme pape unique (1417), Henri V s'impose comme le plus grand monarque d'Occident.

Sa mort prématurée le 31 août 1422 remet complètement en question ce processus d'union des deux couronnes, puisqu'il laisse un fils mineur âgé de moins d'un an ; le dauphin Charles a désormais le champ libre pour faire triompher son droit légitime à la succession.