Archives nationales

Jour de fête, ou un film de Jacques Tati innovant


Courrier envoyé par la société de production Cady Films au service de production du Centre national du cinéma, relatif au tournage du premier long métrage de Jacques Tati Jour de fête, Paris, 27 octobre 1948. Arch. nat., 19760009/1220
Courrier envoyé par la société de production Cady Films au service de production du Centre national du cinéma, relatif au tournage du premier long métrage de Jacques Tati Jour de fête, Paris, 27 octobre 1948.
Arch. nat., 19760009/1220

Jour de fête, premier film long métrage de Jacques Tati, fait son entrée dans l'histoire du cinéma dès sa sortie en salle, en 1949. Révélateur des espoirs véhiculés par l'après-guerre, il devient le fer de lance du nouveau burlesque incarné par le personnage de François le facteur dont le rôle est interprété par le réalisateur lui-même. Le film est né d'un court métrage, L'École des facteurs, que Tati avait tourné en 1946 à Sainte-Sévère-sur-Indre, village cher à son cœur où il s'était réfugié pendant la Seconde Guerre mondiale.
Symbole du renouveau cinématographique, le film l'est aussi dans sa dimension technique, car il sera l'un des premiers à être tourné simultanément en noir et blanc et en couleurs.
Dans ce courrier, Fred Orain, cofondateur avec Jacques Tati de la société de production Cady-Films, écrit au service de production du Centre national de la cinématographie en octobre 1948 pour annoncer la fin du tournage du film, qui a la spécificité d'avoir utilisé un procédé inédit inventé par la société Thomson-Houston nommé « Thomson Color ». Très coûteux, il a nécessité de faire venir d'Angleterre la pellicule couleur et de réaliser des tests dont la réussite n'était absolument pas certaine. Mais Orain se démarque ici grâce à sa double casquette de producteur et de directeur de la nouvelle Commission supérieure technique qui, envisagée comme un observatoire technologique, a pour ambition de moderniser le cinéma français. Le producteur s'en réfère ici à son autorité de tutelle afin d'obtenir les garanties de l'acceptation de cette nouvelle technologie par le CNC et l'autorisation de la prochaine diffusion du film en salles. Cette démarche est nécessaire car la mission privilégiée du CNC, créé deux ans plus tôt en 1946, est la délivrance des visas d'exploitation via la commission de contrôle des films, qui deviendra, à partir de 1990, la commission de classification des œuvres en vue de protéger la jeunesse des contenus présents dans les films diffusés en salle. C'est donc aussi à ce titre que le producteur écrit au responsable du service, Claude Jaeger, afin de présenter le long métrage à « la censure », « autorisation de principe » accordée comme le stipule la remarque du correspondant en haut du courrier.
À sa sortie en salles, le 11 mai 1949, le film ne voit pas le jour dans sa version colorisée, jugée trop coûteuse. Mais le procédé utilisé par Jacques Tati représente l'espoir d'une avancée technologique qui deviendra possible pour le réalisateur en 1959, avec la réalisation de son troisième long métrage, Mon oncle. Il faudra attendre quarante ans pour qu'en 1995, sa fille, Sophie Tatisheff, reprenne le rêve de son père et qu'on voie le film sortir en salles dans une version restaurée, remastérisée… et en couleurs.

Clotilde Le Calvé,
Archives nationales
Département de l'Éducation, de la Culture et des Affaires sociales

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 810, juin 2014, p. 68.