Archives nationales

Un temple mexicain, attraction parisienne

Temple de Xochicalco élevé sur le Champ-de-Mars (photographie Pierre Petit), 1867.
Arch. nat., F/12/11872/2.

Temple de Xochicalco élevé sur le Champ-de-Mars (photographie Pierre Petit), 1867. Arch. nat., F/12/11872/2.Les quelque 11 millions de visiteurs qui fréquentent l'exposition universelle de Paris, en 1867, découvrent, parmi de nombreuses curiosités, une réplique presque grandeur nature d'un des plus imposants monuments précolombiens : le temple de Xochicalco. Elle est l'œuvre d'un personnage à qui le surnom d'« aventurier du Second Empire » va comme un gant.
À cette date, Léon Méhédin (1828-1905) a déjà une vie riche en aventures. Après des études d'architecture, sa passion pour la photographie et les voyages l'amène à être le premier photographe français dans les ruines de Sébastopol en 1855, puis le témoin des hauts lieux de la campagne d'Italie en 1859 et aussi le premier, en 1860, à faire des prises de vue de l'intérieur du temple égyptien d'Abou Simbel.
Grâce à ses bonnes relations avec le régime impérial, il est nommé, en 1864, membre de la Commission scientifique du Mexique, comme voyageur pour l'archéologie. Sur place, son activité est intense. De novembre 1865 à août 1866, il travaille particulièrement à Xochicalco, dans la vallée de Cuernavaca, presque exclusivement sur le temple principal, dit temple de Quetzalcóatl. Après l'avoir dégagé, il le moule dans son intérieur, sans oublier les blocs effondrés tout autour afin de reconstituer le temple proprement dit.
Il rentre en France à la fin de 1866, avec des milliers de dessins et de photographies, des calques de codex, de nombreux livres et, surtout, plus de 600 m2 d'estampages, lui permettant de réaliser des moulages.
Paris prépare alors la quatrième exposition universelle organisée dans le monde et la deuxième en France ; elle doit s'ouvrir le 1er avril 1867, sur le Champ-de-Mars. Depuis plusieurs mois déjà, elle retient l'attention de toutes les nations qui souhaitent y être présentes. Le Mexique doit y être représenté par la Commission scientifique du Mexique, mais, faute d'argent, celle-ci renonce. Reprenant l'idée à son compte, Méhédin propose de faire construire à ses frais, à partir des moulages qu'il a rapportés, une réplique du temple de Xochicalco. Moyennant un péage, le public pourra le visiter et y voir ses photographies et ses collections personnelles d'objets archéologiques et de moulages. Il obtient même l'autorisation d'installer un débit de café et de glaces « à la manière mexicaine et avec des mexicains ».
L'édifice est austère, mais sa mise en scène frappe les esprits : « Rien n'y manque cette fois, ni les crânes rangés sous l'architrave, ni les hiéroglyphes bizarres, ni le rideau éblouissant brodé de plumes et qui ferme l'entrée du temple. Si l'on soulève ce rideau, apparaît la pierre des sacrifices sur laquelle cinq prêtres forcenés égorgeaient savamment les victimes dont le cœur ensanglanté était offert en holocauste au soleil. Devant ce billot, rendu aussi fidèlement que possible […], se dresse la statue colossale retrouvée à Teotihuacan et que M. Méhédin pense être la statue du Soleil, puis une autre statue moulée au musée de Mexico et appelée Teoyaomiqui, véritable vampire altéré de sang humain ; enfin, les cuves en pierre où l'on recueillait les cœurs réservés à la communion des grands prêtres ».
Si Léon Méhédin a poursuivi des rêves d'aventures et de gloire personnelle, il a fait aussi œuvre originale de vulgarisateur. Avec ce temple, il a offert au très large public de l'exposition universelle une des premières occasions de découvrir à Paris les civilisations précolombiennes.

Christiane Demeulenaere-Douyère
Archives nationales, Section du XIXe siècle

Texte d'origine de la notice publiée dans Historia, n° 751, juillet 2009, p. 81.