Archives nationales

Le commissaire Chauvin raconte … une émeute pour le pain

Procès-verbal du commissaire Chauvin « au sujet d'une émotion populaire arrivée au faubourg Saint Antoine », 9 juillet 1725.
Paris, Archives nationales, Y//10033.

Procès-verbal du commissaire Chauvin, 9 juillet 1725. Paris, Archives nationales, Y//10033.
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Averti qu'on attaque une boulangerie, le commissaire au Châtelet Chauvin accourt sur place avec un confrère. Le dialogue s'ouvre avec les émeutiers. Le policier montre sa sympathie en offrant sa médiation et en promettant de leur rendre justice. Mais les émeutiers refusent le concours de la police. Ils déclarent vouloir « se faire justice eux-mêmes » et punir les boulangers « en les pillant ». Les policiers doivent s'enfuir. Mais la violence de la foule, qui obéit à des fins morales, est ciblée : elle se contente de voler les pains et de vandaliser les boulangeries, sans s'en prendre aux boulangers.

« L'an mil sept cent vingt-cinq le lundi neuf juillet deux heures de relevée, en l'hôtel et par devant nous Georges Hubert Chauvin, conseiller du roi, commissaire au Châtelet de Paris, est comparue la femme du sieur Deshays, boulanger, demeurant au faubourg Saint Antoine vis-à-vis l'abbaye et deux autres particulières aussi boulangères ses voisines, et lesquelles nous ont dit que plusieurs personnes pillaient leurs maisons, emportant le pain, vaisselle et meubles, nous requérant de présentement nous transporter pour empêcher les violences et la sédition de la populace qui croissait de moment à autre.
Sur lequel avis nous nous sommes transporté à l'instant avec Maître de La Jarie notre confrère dans la grande rue du faubourg Saint Antoine où nous avons appris que la garde du jour était.
Y étant arrivés, nous avons vu, depuis la rue Saint Nicolas jusques et passé l'abbaye, une grande quantité de menu peuple amassé qui cassaient les portes et les fenêtres des boulangers, tous les autres marchands du faubourg appréhendant d'être volés par cette populace fermaient leurs boutiques.
Nous avons voulu par douceur remontrer au peuple que de telles violences ne leur pouvaient procurer aucun soulagement, qu'il n'avait qu'à nous porter ses plaintes et que nous venions pour leur faire plaisir et leur faire rendre justice mais tous s'écriaient qu'il était impossible de faire entendre raison aux boulangers qu'en les pillant ; que la veille dimanche il n'y avait pas une livre de pain chez les boulangers et que ce jour d'hui d'heure à autre ils augmentaient le pain et vendant le plus bis 3 sols ;qu'ils voulaient absolument tout piller et se faire justice eux-mêmes et nous ont dit que nous passerions mal notre temps si nous voulions nous y opposer et que nous n'avions qu'à nous retirer ; d'autres avec plus de fureur sont venus la canne levée sur nous avec une si grande rage que sans plusieurs personnes charitables et [qui nous connaissent nous aurions été absolument assommés. Cependant les pavés et pierres volaient à plusieurs endroits, et leur emportement était si grand que des boulangers tâchaient de les apaiser en jetant leur pain par la fenêtre […] Nous avions envoyé plusieurs personnes chez le sieur Duval commandant du guet pour nous donner du secours qui n'est venu que sur les six heures.] »