Interview d’Abd el Malik, réalisateur

Publié / modifié le : 12/01/2026

Abd el Malik, écrivain, poète et rappeur, réalise un film sur Furcy, né libre (sortie le 14 janvier 2026). Ce personnage réel, maintenu en esclavage à La Réunion, a mené un combat judiciaire durant vingt-six ans pour faire reconnaître ses droits d’homme libre, au XVIIIe siècle.
Cette œuvre cinématographique mêle faits historiques et fiction. Elle fait écho au travail des Archives nationales et des scientifiques qui étudient la traite et l’esclavage, en France.

Comment avez-vous découvert le personnage de Furcy, ? 

De jeunes Réunionnais sont venus me voir avec un projet théâtral sur ce personnage réel. Ils voulaient que j’en fasse la mise en scène ou, en tout cas, que l’on y réfléchisse ensemble. Ensuite, j’ai lu le livre de Mohammed Aïssaoui, L’Affaire de l’esclave Furcy [NDLR : Prix Renaudot essai 2010].

Quelle place ce personnage historique occupe-t-il dans les mémoires des Réunionnais ?

À La Réunion, beaucoup le connaissaient en surface. Le livre de Mohammed Aïssaoui a été un déclencheur. Tout d’un coup, il a donné envie de connaître davantage l’histoire de Furcy, sa vie, son combat judiciaire pour faire reconnaître ses droits d’homme libre [NDLR : son procès a duré de 1817 à 1843]. Aujourd’hui, à La Réunion, avec mon film, cette figure devient encore plus importante, et elle a un impact sur la jeunesse.

Les archives conservent les traces et les témoignages de la traite et de l’esclavage. Les archivistes et les historiens étudient ces documents. C’est le rôle de l’artiste de prendre leur relais pour raconter cette histoire au plus grand nombre ?

Le travail des scientifiques est fondamental pour étudier cette histoire et la comprendre. Mais, c’est un travail parfois aride. Il ne pourra avoir un impact réel sur le peuple que s’il est porté par celui de l’artiste, à travers la fiction.

Avec mon film, j’espère vulgariser, rendre « glamour » l’intelligence en incarnant l’histoire du combat de Furcy. Le cinéma montre ce que des êtres de chair et de sang ont subi. La fiction permet de comprendre l’autre parce qu’il y a un partage d’expérience commune ; ça fait écho avec notre propre vie.

Mon film n’est pas un film sur l’esclavage. En réalité, c’est une histoire sur l’abolition de l’esclavage parce qu’on se situe entre les deux abolitions : après le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte et l’abolition définitive de 1848. C’est un moment particulier où les voix des abolitionnistes se font de plus en plus entendre. On est presque dans un changement civilisationnel que je trouvais intéressant de raconter. 

Furcy, né libre mêle ainsi la grande Histoire à la petite histoire : c’est-à-dire ce changement en cours et le combat de Furcy qui se libère de lui-même par son long parcours en justice. 

L’intégralité de l’entretien sera publiée dans le Mémoire d’avenir d’avril-juin 2026, à l’occasion des 25 ans de la loi Taubira pour la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Le synopsis

Île de la Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l’esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits. 

Inspiré d’une histoire vraie, ce film est librement adapté du livre de Mohammed Aïssaoui. Avec Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot et Vincent Macaigne (1 h 48).

Affiche du film

À savoir

Les Archives nationales conservent notamment le rapport du procureur général à la Cour de cassation, Gilbert Boucher. Cet abolitionniste accompagna Furcy dans son combat judiciaire. État des sources aux Archives nationales relatives à l’esclavage (fonds du ministère de la Justice et de la Cour de cassation).

Elles s’impliquent dans la connaissance de l’histoire de l’esclavage, en France, et dans la diffusion de cette connaissance. Ainsi, en 2022, elles ont présenté au public le décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, dans le cadre de leur cycle d’exposition des documents « Remarquables » de la Nation. 

Les Archives nationales sont également partenaires de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, avec laquelle Abd el Malik a conçu des ressources pédagogiques pour le milieu scolaire. 

Photo : Fabien Coste
Photo : Fabien Coste

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