Logo des Archives nationales (France)

Les procès filmés

 

  • Un tournant dans le procès de Nuremberg (11 mn)
  • Le procès d'Adolf Eichmann, un accusé dans sa cage de verre (20 mn)
  • Le procès de Klaus Barbie, premier enregistrement audiovisuel en France (15 mn)
  • Le procès de Paul Touvier, le rôle de la milice en France (25 mn)
  • Le procès de Maurice Papon, un procès sous tension (25 mn)
  • Le procès de la dictature chilienne, un procès en absence (26 mn)
  • Le procès de Pascal Simbikangwa, premier procès de crime de génocide (30 mn)
  • Le procès Octavien Ngenzi et Tito Barahari, le rôle de l'administration locale dans le génocide des Tutsi (22 mn)
  • Le procès de la dictature chilienne, prendre place dans la salle d'audition (version intégrale projetée du lundi au samedi ; durée totale : 47h37)

 

  • Un tournant dans le procès de Nuremberg

Procès de Nuremberg, la délibérationDès le 12 juin 1945, le procureur américain Jackson demande au chef du Field Photographic Branch aux Etats-Unis, John Ford, de réunir toutes les images qui feront preuves des crimes de guerre et de créer les conditions du « filmage du procès international […] suivi de la réalisation d'un documentaire […] d'enregistrer l'interrogatoire de certains dignitaires nazis ».
Sur place, les cameramen du United States Army Signal Corps, unité en charge de la communication de l'armée américaine, ont cependant à gérer des conditions techniques difficiles qui empêchent de filmer en intégralité le procès. Ce sont donc des extraits des audiences qui sont enregistrés, où l'on passe en direct d'un plan large à un plan rapproché, en actionnant une tourelle rotative de trois objectifs. De temps en temps, un plan panoramique est effectué, allant, par exemple, de la table des juges vers celle des prévenus, en passant par la barre des témoins. L'ensemble de ces prises de vues est assemblé en un montage chronologique de 25 heures, en 2006, par l'équipe de réalisation d'un film intitulé Nuremberg. Les nazis face à leurs crimes (Delage-Moine), déposé au United States Museum of Holocaust, à Washington DC, et au Mémorial de la Shoah, à Paris. En complément de ces archives, vient l'enregistrement sonore intégral des débats et leur transcription, dans les quatre langues du procès, avec une sélection des documents formant le dossier de l'Accusation (42 volumes disponibles dans de très nombreuses bibliothèques, dont à la Bibliothèque nationale de France).
Cet ensemble scripturaire et audiovisuel exceptionnel procède d'une volonté du procureur général de constituer des archives pérennes et internationales, à l'image de ce procès inaugural, alliant vérité judiciaire et historique, pour instruire les générations futures et empêcher que les crimes révélés par le tribunal soient un jour niés dans leur existence. Les séquences choisies se situent au moment où la Cour entend le témoignage à la barre de deux SS, Otto Ohlendorf, responsable d'une unité de police (Einsatzgruppe), et Dieter Wisliceny, proche collaborateur d'Adolf Eichmann, dont il fait alors connaître le rôle. Otto Ohlendorf reconnaît avoir éliminé en Ukraine 90 000 hommes, femmes et enfants, majoritairement juifs, en faisant part de sa seule inquiétude quant à l'état psychique de ses hommes dans la commission d'un tel acte. Dieter Wisliceny, interrogé sur le fait de savoir si 450 000 Juifs hongrois ont bien été assassinés dans le cadre de la solution finale, répond par un laconique et définitif « oui ». Sidéré par un tel aplomb, Robert H. Jackson en vient à considérer que le sort des vingt-et-un accusés présents dans le box est moins important que celui des organisations, dont les crimes ne sont pas collatéraux au complot, mais s'appuient sur une intention délibérée de les commettre. La connaissance de l'échelle criminelle de la destruction des Juifs d'Europe, qui pour les Américains n'était pas le coeur du procès, prend ainsi forme pendant le procès, au point de voir deux des procureurs recourir au terme de « génocide » pour la qualifier.

  • Le procès d'Adolf Eichmann, vu par Eichmann

Le procès d'Adolf Eichmann, un accusé dans sa cage de verre Quand, le 23 mai 1960, le premier ministre David Ben Gourion annonce à la Knesset, le parlement israélien, que le nazi Adolf Eichmann, en fuite depuis 1950, a été exfiltré d'Argentine pour être jugé en Israël comme l'« organisateur de la Solution finale », la stupeur est grande et révèle combien, dans l'imaginaire collectif, le nom d'Eichmann évoque de manière encore précise son implication dans la politique de destruction physique des Juifs d'Europe.
Le procès, voulu par l'exécutif israélien, reprend une grande partie des preuves à charge du procès de Nuremberg, faisant du procès qui s'ouvre le 11 avril 1961 un « Nuremberg du peuple juif » (Ben Gourion). Il est le premier face-à-face entre un bourreau et ses victimes, le premier procès entièrement consacré à ce qui n'est pas encore appelé la « Shoah » ou l'Holocauste. La question de la politique anti-juive des nazis devient alors centrale. L'inculpation de « crime contre le peuple juif » fait partie des 15 chefs d'accusation. Une centaine de témoins donnent une voix aux différentes étapes des persécutions. Les 121 séances du procès écrivent un récit global de la « Solution finale ». un récit fait par une centaine de témoins appelés à la barre, qui bouleversent les journalistes présents et donnent une voix aux différentes étapes des persécutions, saisies par la caméra du réalisateur Leo Hurwitz. Dans cette configuration, le président Moshe Landau, suivant le droit anglo-saxon, laisse d'abord la parole aux témoins pendant plusieurs semaines, le contre-interrogatoire de l'accusé ne commençant qu'ensuite.
Adolf Eichmann peut ainsi sembler en retrait de la scène du procès, séparé des autres par sa cage de verre. C'est sans compter sur son extraordinaire implication, par écrit comme par oral, lors des séances comme dans sa cellule, mise au service d'un contre-récit de la politique antijuive du IIIe Reich.
Les premières séquences sont ainsi muettes, montrant l'accusé en train de constituer les archives de son propre procès. Chacune de ses arrivées est ponctuée par son installation dans le box, disposant devant lui des dossiers en nombre de plus en plus important. D'un seul dossier présent le 18 avril 1961, son corpus d'écrits personnels se constitue au 5 mai d'une quantité volumineuse de dossiers qu'il consulte et cite au cours des interrogatoires. Eichmann participe à l'édification de sa propre défense, mais construit également une source inédite, l'analyse de son propre procès. Plusieurs séquences mettent ainsi en lumière les jeux d'échanges de notes entre Adolf Eichmann et son avocat.
Sa confrontation aux témoins, à l'instar de Hansi Brand, vient confirmer l'attitude de l'accusé : vif, il note chaque information déposée par le témoin,Ce dernier évoque la déportation des Juifs hongrois à la fin de la guerre, période où a lieu une négociation pour la libération d'un million de Juifs contre 10 000 camions. On le retrouve à la séance n°79, toujours s'appuyant sur les documents et dossiers qu'il a accumulés. Eichmann, concentré sur sa longue démonstration en allemand, s'interrompt de mauvaise grâce pour laisse la parole à la traduction. Le film se termine sur la séance 100. Adolf Eichmann sort de sa cage de verre, pour la seule et unique fois, afin de désigner sur une carte l'emplacement de Bialystok (Pologne). La salle retient son souffle, les agents en charge des enregistrements sonores se penchent pour mieux voir. Les caméras de Leo Hurwitz sont mises au service de ce procès qui se concentre pour la première fois sur la seule question de l'extermination des Juifs. Il s'applique à donner toute leur place aux témoins, mais également à l'accusé, dont il limite l'enfermement dans le box, grâce à la liberté qu'il a obtenue en répondant à l'impératif de discrétion de ses quatre caméras, en alternant des plans sur Eichmann, sur les témoins, sur la Cour et sur le public, et en procédant à un montage en direct.
Le parti du montage présenté ici a été de se focaliser sur les apparitions d'Eichmann, moins connues du public : le film du procès, abondamment médiatisé et controversé, se concentre en effet davantage sur les témoins que sur l'accusé.

  • Le procès de Klaus Barbie, premier enregistrement audiovisuel en France

Procès de Klaus BarbieQuarante-trois ans après les faits, c'est un procès hors norme qui s'ouvre à la Cour d'assises de Lyon, dans une salle spécialement aménagée dans le palais de justice, en présence de 126 témoins et 39 avocats des parties civiles. L'attente est forte dans l'opinion publique française, l'arrestation de Klaus Barbie ayant été préparée de longue date par les époux Klarsfeld.
Le procès, le premier en France centré sur le génocide des Juifs, a aussi la particularité de se fonder sur un arsenal juridique voté récemment, motivé par la proximité de l'audience. En particulier, la loi relative à la constitution d'archives audiovisuelles de la Justice, voulue par Robert Badinter, a été rapidement élaborée et présentée au Parlement dans la perspective de permettre le filmage intégral. Par ailleurs, l'arrêt du 20 décembre 1985 sur l'affaire Klaus Barbie de la Chambre criminelle de la Cour de cassation a défini ce qu'est un crime contre l'humanité.
Ce premier procès enregistré en France au titre des archives audiovisuelles de la justice est une mise à l'épreuve de la loi, permettant de tester ce qui a été pensé par le législateur. L'enregistrement est attribué à FR3 Lyon, avec Daniel Borgeot comme réalisateur. Trois caméras mobiles enregistrent en simultané le déroulement de l'audience, une autre, dite de secondaire, effectue un enregistrement automatique en plan large.
Pourtant, dès le troisième jour de l'audience, Klaus Barbie quitte définitivement son procès, refusant de comparaître. Il ne reviendra que pour la 18e audience puis pour le verdict. Face à ce coup de théâtre, le président du tribunal André Cerdini demande néanmoins la poursuite du procès. Tous les jours, l'accusé est appelé en vain et son absence constatée. Les témoins parlent alors face à un box vide.
Pour certains, c'est la colère qui bloque toute parole. Pour d'autres, le moment est libérateur. L'absence physique de Barbie donne également une visibilité extrême à son avocat, Me Jacques Vergès.
L'importance de la preuve est également soulignée au cours des audiences du procès : le Télex envoyé le 6 avril 1944 au soir à Berlin par Barbie, annonçant que « Ce matin, maison d'enfants juifs "Colonie d'enfants" à Izieu (Ain) a été nettoyée » fait l'objet de vifs débats.
Les deux témoignages montrés dans ce montage, choisis parmi les 129 qui ont été filmés pendant le procès, rendent compte de la place accordée aux victimes. Julie Francescini mentionne les souvenirs sensoriels des tortures vécues et, se tournant vers Klaus Barbie, présent ce jour-là, le reconnaît sans hésitation. La force d'évocation du témoignage de Sabine Zlatin sur la maison d'Izieu marquera les esprits et entraînera, quelques années plus tard, la transformation du lieu en musée.
Au-delà de leur importance juridique au sein de la procédure, ces témoignages, comme l'exprime le Procureur général Pierre Truche, ont un écho personnel et symbolique certain pour les témoins, venant finalement consacrer par les faits la notion de crime contre l'humanité. La séquence qui suit est celle de la plaidoirie de Me Jacques Vergès, qui démontre sa capacité à se mettre en scène et à souligner son rôle, sans accorder la moindre attention aux témoins du procès.
De nombreuses réalisations, documentaires pour la télévision, éditions en coffret DVD, ont déjà permis au grand public de s'immerger dans les audiences.

  • Le procès de Paul Touvier, le rôle de la milice française

Le procès de Paul TouvierLa séquence introductive établit aisément le contexte, si particulier, de ce procès. Paul Touvier est conduit jusqu'à une cage de verre, dispositif inédit dans un procès en France, à l'image des accusations qui pèsent sur l'homme : il s'agit en effet du premier Français accusé de complicité pour crime contre l'humanité. Cette même cage sera, par ailleurs, remise en question par la défense au motif qu'elle entrave l'oralité du débat, tant et si bien que plusieurs parois seront retirées. Elle assurait pourtant une double protection : du public face à l'accusé, mais également de l'accusé face au danger éventuel d'une agression. En effet, le récent assassinat de René Bousquet, le 8 juin 1993, a privé le public du procès de ce haut fonctionnaire de Vichy.
Les premières questions posées par le président Henri Boulard à Paul Touvier permettent de découvrir un accusé peu expressif, voire indifférent. Les réponses sont courtes : il se contente parfois de répondre par la négative, jusqu'à provoquer la stupéfaction ou encore les rires dans le prétoire.
La séquence d'ouverture des scellés est particulièrement intéressante, puisqu'elle met en lumière plusieurs enjeux : les deux premiers cartons contiennent les documents du procès par contumace de Paul Touvier devant le Tribunal militaire à Nuremberg en 1946, alors qu'il était en fuite. Puis, apparaissent des documents personnels de l'accusé, notamment un répertoire qu'on lui demande d'authentifier. Ces séquences expriment l'importance de la preuve dans un procès où le moindre objet personnel sera analysé.
L'intervention du témoin Pierre Lesage, ancien membre de l'état-major des Forces françaises de l'intérieur (FFI), contextualise davantage encore le procès, qui intervient plusieurs années après celui de Klaus Barbie : son témoignage dans les deux établit, en cela, le lien entre les deux hommes qui ont coopéré à Lyon. Le second témoin, Louis Goudard, ancien chef des FFI, vient confirmer le lien évident entre les deux individus, tandis que l'avocat des parties civiles, Me Alain Jakubowicz, va jusqu'à présenter Touvier comme l'alter ego de Barbie.
Le réquisitoire de l'avocat général Hubert de Touzalin souligne enfin la portée symbolique d'un tel procès, au-delà de la condamnation de Paul Touvier : par sa dimension morale, il s'agit en effet d'un procès pour l'Histoire.
 

  • Le procès de Maurice Papon, un procès sous tension

Le procès de Maurice PaponAvec 380 heures d'enregistrements, le procès de Maurice Papon constitue les plus longues archives audiovisuelles de la Justice. Le président Castagnède précise en effet que, pour ce procès, l'enjeu est de libérer la parole et de faire toute la lumière sur l'implication de l'État français dans la déportation des Juifs, à travers le rôle d'un des représentants de sa haute administration.
Les séquences témoignent de cette situation inédite en France, qui juge pour la première fois la participation directe de l'administration aux crimes contre l'humanité. La suite de la carrière de Maurice Papon après la Seconde Guerre mondiale n'est pas, non plus, étrangère à une inscription hors norme dans la scène judiciaire française. Sa personnalité donne le ton à ce procès : rosette à la boutonnière, vif, incisif, c'est un homme déterminé à se défendre et à se disculper. À l'audience, l'accusé mène le débat.
Dès la seconde séquence, on saisit l'argumentaire dans lequel Papon inscrit sa défense : la responsabilité n'incombe pas à la France, mais à la domination allemande et, seulement indirectement, à ses services au sein de la préfecture de Gironde. Mentionnant la « rouerie allemande » au cours de son interrogatoire par le président à propos des directives de Garat, chef du service des questions juives à la préfecture, Papon ne fera que récuser les faits reprochés, les présentant comme le fruit de la soumission à l'envahisseur.
Plus tard, le 5 janvier 1998, Maurice Papon reprend ces arguments en réponse aux questions du procureur général Henri Desclaux : « nous avons été roulés par les Allemands, nous avons été trompés [..] tous les rapports avec [eux] étaient entachés de l'hypocrisie propre à la race germanique ».
La procédure acquiert, également, une dimension symbolique pour les victimes. Éliane Dommange, née Alisvaks, fille de Juifs déportés, sollicite le président afin de projeter les portraits de ses deux parents : les derniers mots de sa mère, auxquels elle prête sa voix, résonnent alors dans le prétoire assombri pour la projection des clichés. Cette séquence émouvante laisse ensuite place à l'interrogation sur le rôle de Maurice Papon dans le processus de décision.
La plaidoirie finale de Me Zaoui, avocat des parties civiles, souligne la responsabilité de l'État en premier lieu dans ce qu'il qualifie de crime administratif. Le montage souligne le fait que la plaidoirie s'inscrit dans un temps où l'avocat peut penser que ce procès sera le dernier à statuer sur une accusation de crimes contre l'humanité. Pourtant, l'histoire de la justice et des procès montre que finalement le procès Papon s'inscrit dans une liste croissante de procès pour ce chef d'accusation.

  • Le procès de la dictature chilienne, un procès en absence

Le procès de la dictature chilienneLe procès qui commence le 8 décembre 2010, après neuf années de procédure, s'ouvre sur une scène judiciaire vide de tout accusé et des avocats de la défense. « Ce procès a un caractère exceptionnel. Il constituera une tribune tout en rendant compte juridiquement des faits. Il n'y aura pas d'autre possibilité de procès.
C'est le procès post-mortem de Pinochet », déclare l'avocate Sophie Thonon avant le début des audiences. C'est en vertu de sa compétence universelle que la France poursuit les accusés de crime de disparition forcée, infraction continue dans le temps.
Dès l'ouverture du procès, le ton est donné avec l'appel des quatorze accusés, ponctué d'autant de silences. L'audience se tient par défaut, rendant inutile la présence d'un jury populaire. Le peu d'acteurs présents rend la caméra très statique, au vu du peu d'angles de prises de vue nécessaires. La réalisation s'attache alors aux témoins dont la parole est omniprésente au fil des audiences, faute de la possibilité de mener un débat judiciaire contradictoire. Les témoignages sont alors à charge contre les accusés, mais aussi contre ce qu'ils représentent, la dictature d'Augusto Pinochet, donnant ainsi le surnom de « procès Pinochet » à cette instance.
Stéphane Hessel, témoin moral, prend la parole sur la justice internationale. Vanessa Klein témoigne de la façon dont elle a appris la disparition de son père. Baeza Pas Rojas, neuropsychiatre, précise que la disparition de proches constitue une torture pour la personne détenue, mais également une forme de torture psychologique constante pour les familles. Christian Van Yurick qualifie la violation des droits de l'homme par ce régime politique. Erika Hennings, veuve Chanfreau, arrêtée puis torturée aux côtés de son mari avant la disparition de ce dernier, exprime l'importance symbolique de ses mots au sein du prétoire. Carmen Hertz intervient sur l'organisation systémique de la dictature d'État et notamment sur le rôle de la DINA, la police secrète chilienne, dans les disparitions, dont le but est de détruire le tissu social et politique contestataire.
La plaidoirie de l'avocat des parties civiles, Benjamin Sarfati, donne lieu à une scène inédite où il rend hommage aux quatre disparus, le public lui répondant d'une seule voix comme le veut une tradition chilienne. À la fin du verdict, le public est de nouveau très présent. Fait unique lors d'un procès, il applaudit les dernières paroles du Président Hervé Stephan, le remerciant de l'humanité dont il a fait preuve tout au long des audiences ainsi que pour la justice, tant attendue, et enfin rendue.

  • Le procès de Pascal Simbikangwa, premier procès de crime de génocide

Le procès de Pascal SimbikangwaLes archives enregistrées témoignent d'une situation historique inédite pour la France : un génocide reposant sur des liens familiaux et de voisinage, l'implication des autorités administratives et militaires ainsi que des milices locales, la topographie et la chronologie
resserrée du massacre, le retournement meurtrier de l'espace religieux. Le procès de l'ancien militaire Pascal Simbikangwa met en avant l'interaction constante entre militaires, interahamwe (miliciens à la solde du pouvoir Hutu) et autorités administratives.
Le film s'ouvre sur le visage souriant de l'accusé, Pascal Simbikangwa assis dans son box, plaisantant avec un de ses avocats,
Me Epstein. Le président Leurent ouvre l'audience.
Le président met en lumière le rôle de l'accusé dans les Escadrons de la Mort, milice hutu para-militaire active avant le génocide avec pour but d'éliminer les opposants politiques du régime. Ils sont des acteurs du génocide et font partie de ceux qui ont armé d'autres milices au sein de la population civile.
Dans la séquence, un témoin ancre le procès dans une histoire ethnographique dense : Jean-Pierre Chrétien, historien et chercheur, lie les actes perpétrés au cours du génocide à la période post-coloniale. Par ailleurs, il ne peut taire ses liens affectifs avec plusieurs victimes, et, en cela, assume sa subjectivité. Pascal Simbikangwa tente de le discréditer.
L'experte-psychiatre Françoise Sironi souligne l'importance de l'analyse socio-culturelle et de la recherche clinique sur les violences politiques. Dans ses conclusions, elle met en avant la notion de déni, ligne de défense de l'accusé. Dans la séquence de l'interrogatoire, le président Olivier Leurent pousse Pascal Simbikangwa à préciser ses liens avec le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), parti majoritaire au Rwanda. Le procès du génocide des Tutsi est l'occasion de voir de nouveaux acteurs apparaître : Valérie Bemeriki, ancienne journaliste à la Radio Télévision des Mille Collines, qui témoigne par visioconférence depuis une prison rwandaise où elle purge sa peine. Après avoir souligné sa volonté désintéressée de témoigner pour participer à la reconstruction du Rwanda, la formulation d'une demande d'indemnisation semble la
contredire. Avant d'interroger le témoin Higiro, rescapé du génocide, l'avocat général Bruno Sturlèse fait preuve d'empathie, comprenant l'épreuve que représente pour cet homme la répétition de son témoignage depuis quinze ans dans différentes juridictions. Le magistrat introduit la délicate administration de la preuve des témoignages qui doivent toujours être formulés selon les mêmes termes.
Le film se termine sur le verdict : Pascal Simbikangwa est condamné, à la majorité absolue, à la peine de 25 années de réclusion criminelle. La peine est confirmée en appel par la Cour d'assises de Bobigny (25 octobre au 3 décembre 2026). Le procès en appel a également été enregistré au titre des archives historiques de la Justice. Il est définitivement condamné après le rejet de son pourvoi en cassation le 24 mai 2018.

  • Le procès Ngenzi et Barahari, le rôle de l'administration locale dans le génocide des Tutsi

Le procès Ngenzi et Barahari, le rôle de l'administration locale dans le génocide des TutsiAu terme de deux mois de procès à la Cour d'assise de Paris, Octavien Ngenzi et Tito Barahira ont tous les deux été reconnus coupables de génocide et de crime contre l'humanité et condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Ils ont fait appel de cette décision. Le nouveau procès commence le 2 mai 2018.
Ce procès est celui de l'implication du pouvoir local en place dans le génocide des Tutsi, ici celui d'une commune du Rwanda, Kabarondo. La stigmatisation systématique d'une partie de la population, avant les faits puis au cours d'avril 1994, entraîne sa participation au plan national concerté en vue de la généralisation des massacres de Tutsi.
Le 13 avril 1994, la commune connaît un épisode majeur du génocide. Sont impliqués l'ancien bourgmestre, Tito Barahira (1976-1986), et le bourgmestre Octavien Ngenzi, en poste depuis 1986. Kabarondo est une commune de l'Est du Rwanda, située dans la préfecture de Kibungo, comprenant 40 000 habitants dont 3000 Tutsi. Peu d'entre eux survivront.
L'enregistrement audiovisuel, s'il tient bien compte de la présence des deux accusés dans le box, s'autorise aussi une approche individuelle pour souligner la part de responsabilité propre à chacun dans les faits jugés.
Dès la première séquence, on saisit la complexité du contexte socio-culturel dans lequel se déroule le procès : la présence d'interprètes est requise dès l'ouverture du procès. La distance culturelle, au-delà de la langue, se situe aussi dans le religieux : chaque témoignage est ponctué de références aux croyances et valeurs de vérité. On trouve ce rappel aux préceptes chrétiens lors de l'audition de Florian Muskeshambuka et de Benoît Mukahigiro.
Les séquences suivantes accordent la parole au Père Oreste Incimatata, qui, pendant plusieurs heures, fait le récit du contexte de Kabarondo avant le génocide, puis détaille le massacre perpétré au sein de son église. On y dénombrera 2000 morts. Cette séquence atteste également de l'épuisement tant psychique que physique des témoins face à l'audience en cours.
Les extraits présentent ensuite les accusés par le biais de leur stratégie de défense. Tito Barahira nie toute implication dans le génocide et se dit victime d'un complot. Octavien Ngenzi ne reconnaît pas plus sa participation : « J'ai donné tout ce que j'ai pu pour les Tutsi. »
L'attitude de Tito Barahira entraîne le coup de théâtre du 28 juin (34e jour d'audience). L'interrogatoire mené par Maître Bourgeot provoque une rupture dans le mécanisme classique de la défense. La caméra filme l'ensemble de la salle quand l'avocate finit par désavouer les propos de son client. : « Là, même moi, je ne vous suis plus ! ». Octavien Ngenzi a même un geste d'exaspération vers son co-accusé. La présidente Xavière Simeoni est amenée à suspendre l'audience face aux insinuations d'Octavien Ngenzi qui s'entête à soutenir que les décisions rendues en France par la cour seront connues au Rwanda avant même la fin du procès.
Le film se termine sur la plaidoirie de Me Sabrina Goldman qui souligne le peu d'écho de ce procès dans l'opinion publique et auprès des journalistes, attitude qui s'ancre dans les propos du président François Mitterrand et de son ministre de l'Intérieur Charles Pasqua au moment des faits.

 

 

Ci-dessus quelques photos © Farida Bréchemier