Logo des Archives nationales (France)

L'entrée des archives de Gisèle Halimi

Un an après sa disparition, les archives de la grande avocate et militante pour la cause des femmes et l'émancipation des peuples colonisés Gisèle Halimi (1927-2020) font leur entrée aux Archives nationales, par la volonté de ses trois fils, Jean-Yves Halimi, Serge Halimi et Emmanuel Faux.

 Fonds Gisèle Halimi, album de portraits offert par Dominique Roger en septembre 1988. Arch. nat., GHA 37. Photo © Dominique Roger

Fonds Gisèle Halimi, album de portraits offert par Dominique Roger en septembre 1988. Arch. nat., GHA 37. Photo © Dominique Roger

Par la nature des documents comme par le parcours d'exception de cette actrice majeure de l'histoire contemporaine de la justice et du droit des femmes, l'entrée d'un fonds Halimi aux Archives nationales constitue un événement historique, grâce au don généreux de ses trois fils, Jean-Yves Halimi, Serge Halimi et Emmanuel Faux. Au travers de la centaine de mètres linéaires de dossiers confiée aux Archives nationales, apparaissent une activité politique et un engagement social d'une grande cohérence : y sont associés, depuis le début des années 1950 en Tunisie, comme en Algérie, des documents nombreux concernant les luttes anticoloniales et les multiples combats pour le droit des femmes et l'égalité des sexes et des genres.

En effet, si le nom de Gisèle Halimi est indissociable à la fois de la dépénalisation de l'avortement en France (procès de Bobigny en 1972) et de la reconnaissance du viol comme crimeet non plus comme délit (procès d'Aix-en-Provence en 1978), l'avocate s'engagea dès 1954 auprès des combattants pour l'indépendance de l'Algérie. Qu'il s'agisse des massacres du 20 août 1955 dans le Constantinois, de son arrestation durant quatre mois à Alger en 1958 et, bien sûr, de la défense de Djamila Boupacha après 1960, Gisèle Halimi a su prendre tous les risques, portant plainte contre le commandant supérieur des forces armées françaises en Algérie et mobilisant derrière elle un comité de défense associant Simone de Beauvoir et Pablo Picasso à de très nombreux autres intellectuels.

Gisèle Halimi fut une femme politique à part entière, fondatrice dès 1972 de l'association « Choisir » (« La cause des femmes »), qui entend promouvoir « un programme commun des femmes » pour inciter des candidatures en masse aux élections législatives. Députée apparentée socialiste de l'Isère (1981-1984), ambassadrice de la France auprès de l'UNESCO (1985-1986), puis conseillère spéciale de la délégation française à l'Assemblée générale des Nations unies, elle participa également à la création du mouvement ATTAC en 1998.

Aux dossiers d'avocate et aux manuscrits de ses nombreux ouvrages, s'adjoignent correspondances reçues, photographies et riches archives personnelles : le fonds Gisèle Halimi témoigne d'un parcours national et international hors du commun, au carrefour de multiples solidarités politiques et sociales qui la consacrent comme une très grande figure de l'histoire des femmes en France au XXe siècle.