Interview d’Eppo van Nispen tot Sevenaer, directeur du centre d’archives Beeld & Geluid
Publié / modifié le : 30/10/2026
Alors que les Archives nationales célébreront les 160 ans de leur musée en 2027, elles donnent la parole à un autre «musée d’archives»: celui du « Sound & Vision » (Beeld en Geluid). Depuis 1997, cet institut néerlandais collecte, conserve et valorise la mémoire des radios et télévisions des Pays-Bas. Voici la vision particulière qu’en donne Eppo van Nispen tot Sevenaer, son directeur général.Situé à Hilversum, aux Pays-Bas, votre centre Beeld en Geluid conserve des archives audiovisuelles. En quoi ces documents participent-ils aux sources historiques et à la mémoire collective ?
Nous ne nous contentons pas de collecter et de conserver des enregistrements ; nous préservons les manières dont la société s’est perçue, entendue et imaginée elle-même, à travers la télévision, la radio, un morceau de musique… Découvrir ces traces du passé, par le regard ou l’écoute, peut créer un puissant sentiment de lien entre les générations.
Nos deux institutions disposent d’un musée. C’est peu fréquent pour des centres d’archives. Quelle est leur spécificité ?
Les musées d’archives jouent un rôle primordial. Ils ont la capacité de transformer leurs collections en autant de conversations. Cela contribue à mieux comprendre la manière dont les archives interagissent avec nous, citoyens.
Mais à mes yeux, un service d’archives ne remplit sa mission de service public que lorsque le grand public peut s’approprier ce patrimoine. Il nous incombe de rendre l’histoire accessible, porteuse de sens et pertinente pour la société actuelle.
Les musées liés à des services d’archives, comme le nôtre et celui des Archives nationales, disposent d’une opportunité unique de conjuguer connaissances historiques, expériences personnelles et dialogue citoyen. Ils sont un outil précieux pour renforcer l’éducation aux médias, et aux sources en général, à une époque marquée par la désinformation générée par l’intelligence artificielle.
Pourriez-vous présenter une archive emblématique de votre musée à nos lecteurs ?
En octobre dernier, nous avons inauguré l’« expérience Karbonkel ». Dans les années 1990, Karbonkel a terrifié d’innombrables enfants de 6 ans dans l’émission télévisée éducative « Ik Mik Loreland » (1994), alors diffusée dans le cadre scolaire.
Karbonkel est devenu un souvenir national, effrayant et partagé, pour toute une génération. Aujourd’hui, ces trentenaires affluent dans notre musée pour se retrouver face à face avec ce qui fut, autrefois, leur pire cauchemar !
L’événement suscite un immense intérêt dans les médias nationaux. Et, ce qui est encore mieux, il les aide à surmonter leur traumatisme.