La Saint-Barthélemy : une nuit de violence racontée par les archives

Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, Paris devient le théâtre du Massacre de la Saint-Barthélemy, une vague de violences visant les protestants qui marque durablement l’histoire de France.
Derrière cet événement tragique, les Archives nationales conservent des documents rares qui permettent d’en comprendre le déroulement et les enjeux.
Plans, registres et notes administratives offrent un éclairage unique, entre faits, silences et mémoire.

Paris 1572 : des tensions religieuses à l’explosion de violence

En 1572, la France est profondément divisée par les guerres de Religion. Catholiques et protestants s’opposent depuis plus de dix ans dans un climat de méfiance et de violences. À Paris, la population reste majoritairement catholique et voit d’un mauvais œil l’arrivée de nombreux nobles protestants venus assister au mariage d’Henri de Navarre avec Marguerite de Valois.

Les Archives nationales permettent de situer précisément les événements grâce à un plan de la censive de Saint-Germain-l’Auxerrois (1569). Ce document montre le quartier du Louvre, de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois et des rues voisines, où tout se joue.

Le 22 août 1572, l’amiral Gaspard de Coligny, chef du parti protestant, est victime d’une tentative d’assassinat à proximité du Louvre. Deux jours plus tard, il est tué dans son hôtel. Dans la nuit, le tocsin retentit : le massacre commence et s’étend rapidement à toute la ville.

Plan de la Censive de Saint-Germain-l'Auxerrois, de la rue d'Autruche au Châtelet et à l'église St-Jacques-la-Boucherie. Vues perspectives des maisons et des principaux monuments [Peint par Pierre Quesnel, 1569]. CP/N/III/SEINE/63/12

Ce que les archives montrent… et ce qu’elles taisent

Les archives ne livrent pas toujours un récit complet. Dans les registres du Parlement de Paris, conservés aux Archives nationales, aucune description directe du massacre n’apparaît. Seules quelques lignes évoquent le contexte : le mariage princier du 18 août et un lit de justice tenu par le roi après les événements.

Ce silence est révélateur. Il témoigne de l’embarras du pouvoir face à une violence extrême, difficile à expliquer et à justifier. Même le récit officiel de Charles IX n’a pas été consigné dans les registres, contrairement à l’usage.

Registre des plaidoiries du Parlement de Paris, 21 juillet-30 octobre 1572, fol. 219v : mention du mariage d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, 18 août 1572, et mention de la tenue d'un lit de justice par Charles IX, 26 août 1572. X 1a 5039

D’autres documents complètent cette vision. Le plan de Paris de 1615, par exemple, montre une capitale en pleine transformation, où se mêlent héritage médiéval et modernité. Il rappelle le cadre urbain dans lequel se déroulent ces événements.

Des traces fragiles pour comprendre un événement majeur

Certaines sources conservées aux Archives nationales sont plus discrètes encore. Dans un registre de la Connétablie et maréchaussée, une note mentionne la mort d’un magistrat, Pierre Taverny, tué le 24 août 1572 avec son clerc.

Ces quelques lignes, presque anodines, donnent pourtant un aperçu concret de la violence de cette nuit. Elles illustrent la manière dont l’histoire se construit à partir de fragments, parfois inattendus.

À travers ces documents — plans, registres judiciaires, mentions administratives — les Archives nationales offrent une lecture singulière de la Saint-Barthélemy. Une histoire à la fois visible et silencieuse, qui se dévoile au fil des traces laissées dans les archives.

Registre des causes et expéditions faites au greffe de la Connétablie et maréchaussée de France. Z 1c 26, fol. 147r

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