Sarah Bernhardt, une vie entre scène, légende et archives
Figure mythique du théâtre, Sarah Bernhardt (1844-1923) incarne l’émergence de la star moderne. Actrice adulée, femme d’affaires et artiste engagée, elle fascine autant qu’elle intrigue. Les Archives nationales révèlent, à travers des documents inédits, les coulisses d’un destin hors norme, entre réalité historique et légende.
Une naissance incertaine, entre légende et archives
La naissance de Sarah Bernhardt reste entourée de zones d’ombre. La destruction de l’état civil parisien lors de la Commune de 1871 n’a laissé subsister que des documents reconstitués a posteriori.
Un acte établi le 13 février 1914, conservé aux Archives de Paris, la fait naître le 25 septembre 1844 à Paris, dans l’ancien Ve arrondissement. Toutefois, ce document, rédigé à la veille de sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur, suscite des réserves. Les historiens situent plus volontiers sa naissance entre le 22 et le 25 octobre 1844.
Les archives laissent également planer le doute sur l’identité de son père. Si l’acte mentionne un certain Édouard Bernhardt, Sarah Bernhardt ne livrera jamais d’informations précises à ce sujet. Les lieux mêmes de sa naissance font l’objet de multiples hypothèses, reflet d’une biographie très tôt nourrie de mystère.
Le Conservatoire : l’émergence d’un talent hors du commun
À l’automne 1859, âgée de quinze ans, Sarah Bernhardt est reçue au Conservatoire national de musique et de déclamation. Elle intègre la classe de déclamation spéciale de Jean-Baptiste Provost, professeur réputé et sociétaire de la Comédie-Française.
Les rapports d’examen conservés aux Archives nationales témoignent de l’attention précoce portée à son talent. Dès 1860, Provost souligne les progrès d’une élève qu’il juge prometteuse ; l’année suivante, il évoque une « reine d’intelligence » et recommande son admission au concours.
En 1861, Sarah Bernhardt obtient le second prix de tragédie. Le jugement porté par son professeur — « beaucoup d’avenir » — apparaît rétrospectivement comme prémonitoire.
Un passage mouvementé à la Comédie-Française
Ce succès ouvre à Sarah Bernhardt les portes de la Comédie-Française, qu’elle rejoint une première fois en 1862. Si son talent s’impose rapidement, son passage dans l’institution est marqué par des tensions et des ruptures, dont quelques traces sont conservées dans les archives de la direction du théâtre.
Renvoyée en 1866 à la suite d’une altercation avec une sociétaire, elle y revient en 1872 avant de démissionner avec éclat en 1880.
De l’Odéon au triomphe public
C’est au Théâtre de l’Odéon que Sarah Bernhardt révèle pleinement l’ampleur de son talent. Elle y triomphe dans Le Passant de François Coppée en 1869, puis dans Ruy Blas de Victor Hugo en 1872. Séduit par son interprétation, Hugo salue sa « voix d’or ». Oscar Wilde, profondément marqué par son jeu, la surnomme bientôt la « Divine Sarah ».
À la Comédie-Française, elle s’impose durablement dans Phèdre (1874) et Hernani (1877). Les photographies et portraits conservés aux Archives nationales témoignent de cette période où se construit l’image publique d’une actrice devenue icône.
Directrice de théâtre et femme d’entreprise
Après son départ définitif de la Comédie-Française en 1880, Sarah Bernhardt fonde sa propre compagnie et entreprend des tournées internationales d’une ampleur inédite. De l’Europe aux États-Unis, de l’Amérique du Sud à l’Australie, elle impose son nom sur toutes les grandes scènes.
En 1898, elle prend la direction du théâtre des Nations, bientôt rebaptisé théâtre Sarah-Bernhardt. Le bail conclu avec la Ville de Paris, conservé aux Archives nationales, témoigne de cette prise de responsabilité exceptionnelle pour une femme à la fin du XIXᵉ siècle.
Parallèlement, elle enseigne la déclamation dramatique au Conservatoire, activité attestée par les dossiers d’examen conservés aux Archives nationales.
Une pionnière face aux nouveaux médias
Toujours attentive aux innovations, Sarah Bernhardt s’intéresse très tôt au cinéma. En 1900, elle participe au Duel d’Hamlet, l’un des premiers essais de cinéma parlant. Elle tourne ensuite plusieurs films muets, dont certains à caractère autobiographique.
Elle associe également son image à des affiches publicitaires et théâtrales, faisant appel, à partir de 1894, au peintre Alfons Mucha pour façonner une iconographie devenue emblématique.
Une artiste aux multiples facettes
Sarah Bernhardt est aussi autrice, publiant pièces de théâtre, romans et mémoires. En 1907, Ma double vie livre un récit personnel de sa carrière ; en 1923, L’Art du théâtre synthétise son expérience du jeu, de la voix et du geste.
Elle pratique également la peinture et la sculpture, exposant au Salon entre 1874 et 1897. Certaines de ses œuvres, aujourd’hui conservées dans des collections publiques, témoignent de cette reconnaissance artistique transversale.
Engagements et combats
Les archives révèlent une femme profondément engagée. Durant le siège de Paris en 1870, le théâtre de l’Odéon est transformé en ambulance et accueille des blessés, parmi lesquels Sarah Bernhardt prête assistance.
Pendant la Première Guerre mondiale, malgré l’amputation de sa jambe droite en 1915, elle se rend dans les tranchées pour soutenir le moral des soldats.
Dreyfusarde, proche d’Émile Zola, solidaire de Louise Michel, elle défend le droit de vote des femmes et milite pour l’abolition de la peine de mort. Ces engagements figurent explicitement parmi les motifs avancés pour son admission dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Vie privée et nationalité
La vie sentimentale de Sarah Bernhardt est marquée par de nombreuses liaisons et un mariage tumultueux avec Aristide Ambroise Damala, célébré à Londres en 1882. Cette union lui fait perdre la nationalité française, qu’elle sollicite à nouveau en 1916.
Les documents relatifs à sa réintégration dans la nationalité française offrent un éclairage administratif sur un épisode peu connu de sa vie.
Dernières années et postérité
Chevalier de la Légion d’honneur en 1914, puis officier en 1921, Sarah Bernhardt est saluée pour son rôle majeur dans le rayonnement de la langue et de la culture françaises à travers le monde.
Malgré l’amputation de sa jambe droite, conséquence d’une tuberculose osseuse ancienne, elle continue de jouer jusqu’à l’affaiblissement de sa santé.
Son testament, rédigé en 1910 et conservé aux Archives nationales, clôt le parcours d’une femme restée fidèle à son art jusqu’à la fin.
Décédée le 26 mars 1923, Sarah Bernhardt est inhumée au cimetière du Père-Lachaise. Les archives qu’elle a laissées permettent aujourd’hui de saisir la complexité d’un destin où se mêlent création artistique, engagement public et construction d’un mythe durable.