Les archives de Champollion : un voyage au cœur de l’égyptologie
Le Saviez-vous ? Les Archives nationales conservent dans les archives des musées nationaux, celles de la maison du roi Charles X et du minutier central des notaires de Paris, des documents exceptionnels qui révèlent l’engouement de la France pour l’Égypte ancienne. Parmi ces trésors, l’inventaire après décès de Jean-François Champollion, le célèbre déchiffreur des hiéroglyphes, offre un éclairage unique sur sa vie et son héritage scientifique.
Découvrez comment ces documents d’archives racontent l’histoire de l’égyptologie et la naissance d’une discipline qui fascine encore aujourd’hui.
1822 : la révélation qui bouleverse l’Histoire
Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion présente devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres une découverte majeure : le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. Sa Lettre à Monsieur Dacier, membre de l’Académie française, publiée peu après, fait l’effet d’une bombe dans le monde savant. Certains l’acclament, d’autres contestent ses théories. Mais en 1824, son Précis du système hiéroglyphique confirme ses hypothèses et assoit définitivement sa réputation, bien au-delà des cercles académiques.
Grâce à l’appui du prince d’Orléans, Champollion étudie en 1824 la collection Drovetti à Turin, acquise par le roi Charles X. Il contribue ensuite à l’achat par l’État de la collection Salt, enrichissant ainsi les trésors égyptiens de la France. En 1826, la création du département des Antiquités égyptiennes au Louvre, dont il prend la direction, marque la naissance officielle de l’égyptologie comme discipline scientifique.
Un voyage en Égypte et un patrimoine en danger
Champollion prépare un « voyage littéraire et scientifique en Égypte » et obtient un financement de 20 000 francs (étalé sur trois ans).
Mais en juillet 1830, les journées révolutionnaires qui renversent Charles X mettent en péril son œuvre : le Louvre est pillé. Une liste d’antiquités égyptiennes volées, annotée par Dubois, dessinateur du département égyptien, recense les objets disparus. Certains avaient été rapportés par Champollion lors de son expédition en Égypte (1828-1829).
Ce document, issu des fonds des musées nationaux et conservé aux Archives nationales, a été présenté lors de l’exposition Champollion, la voie des hiéroglyphes au Louvre-Lens (2022-2023).
Une vie brève, un héritage immense
Champollion meurt prématurément le 4 mars 1832, à seulement 41 ans, laissant une fille mineure, Zoraïde Eulalie. Son inventaire après décès, réalisé par le notaire Hippolyte Castel, révèle un patrimoine intellectuel exceptionnel. Dès 1833, l’État acquiert sa bibliothèque et ses manuscrits, aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France.
Son frère, Jacques-Joseph Champollion-Figeac, veille à la publication posthume de ses travaux majeurs :
- 1836 : Grammaire égyptienne, qu’il qualifiait de « ma carte de visite pour la postérité ».
- 1841-1843 : Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, inachevé à sa mort.
Ces ouvrages, édités par Firmin Didot, restent des références incontournables pour les égyptologues.
Une chaire pour l’éternité
En 1831, le Collège de France crée pour Champollion une chaire d’archéologie, rebaptisée plus tard chaire d’égyptologie. Après sa mort, elle est occupée par des figures comme Jean-Antoine Letronne, fondateur de l’épigraphie moderne. Aujourd’hui, elle porte le nom de « Civilisation pharaonique : archéologie, philologie et histoire », perpétuant l’héritage de celui qui a redonné vie aux hiéroglyphes.